Tokyo, suite et fin

Ma première journée a été dense et en ce samedi ensoleillé, mon agenda ne présentait qu’un seul impératif, mon dîner avec une couchsurfeuse tokyoïte contactée quelques jours avant mon arrivée.

De manière générale, il est très aisé de nouer le contact et d’échanger en Asie du Sud-Est. Bien sûr, la barrière de la langue demeure le frein principal mais avec des dessins, une gestuelle des mains et des sons du genre « hummmm » en mangeant une soupe topissime (ou pour faire plaisir à la mamie derrière les fourneaux) font passer le message.

Mes diverses rencontres avec des Japonais sur plusieurs décennies et en divers endroits du monde (Barcelone, Paris, Asie) m’ont présagé un séjour un peu ardu sur la communication et même le contact. Ils ne sont pas très anglophones et d’une timidité touchante. Comme le mimosa pudica, ils se referment doucement lorsqu’on les aborde et s’ouvrent quand ils constatent qu’il n’y a rien à craindre. Ce fût donc le cas. Aucune rencontre fortuite avec un Japonais pour échanger lors de l’intégralité de mon séjour.

Durant cette journée, les déambulations étatiques ont continué, sans but, sans attente mais toujours cette agréable surprise de baigner dans l’art graphique et figuratif japonais : tradition, images du passé et culture manga.

Rideau métallique d'une boutique d'Asakusa

Rideau métallique d’une boutique d’Asakusa

Dans le métro

Dans le métro

Le soir venu, c’est autour d’une table richement garnie que j’ai fait la connaissance de ma couchsurfeuse, dont le hobby est la chasse des restaurants de qualité à prix d’amis. Enfin, j’approche une cuisine digne de ce nom et surtout du poisson frais et finement préparé.

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D’ailleurs, le poisson découpé pour préparer les sushis et sashimis est utilisé jusqu’à l’arête, servie frite. Un régal !

Le plus intéressant était surtout la diversité des invités autour de la table, un couple de Néo-zélandais qui monte des voyages sur mesure au Japon pour touristes exigeants, ma couchsurfeuse pimpante quarantenaire et fin gourmet, une autre convive de 23 ans qui a déjà fait le tour du monde et un retraité qui a vécu très longtemps en Europe pour développer le rayonnement d’un grand fabriquant d’électronique japonais.

L’alcool a coulé à flot et les convives joyeux ont échangé longuement sur les jolies villes du Japon à explorer, ces lieux cachés des sentiers battus et très prisés par les aventuriers. Ce n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde, comme la carte de visite du couple ou celle de mon retraité très alerte.

Surprise, j’entends mon couple de néo-zélandais faire le rapprochement entre mon âge et la période des boat people vietnamiens. La Nouvelle-Zélande a aussi fait partie des pays d’accueil de la diaspora vietnamienne, fuyant le régime de terreur post-guerre. Communauté qui a trouvé son essor et mène une vie florissante dans leur pays d’accueil.

Le dîner s’est prolongé dans un bar irlandais en plein Shibuya. Je voyais mes connaissances du soir continuer à descendre les bouteilles de vin, importé de Nouvelle-Zélande d’ailleurs (le bon vin français n’est pas abordable au Japon), et perdre l’équilibre sur leurs tabourets hauts. Ma couchsurfeuse en état d’ébriété avancé m’a expliqué que l’alcool faisait partie de la culture japonaise, que les femmes au même titre que les hommes étaient de grands buveurs. Elle a été étonnée de savoir qu’il est vu d’un très mauvais œil au Viêt-Nam que les femmes s’adonnent à l’alcool ou à la cigarette, qu’on soit dans les grandes villes ou perdue dans la campagne profonde. La femme japonaise des villes s’inscrit donc dans la culture occidentale où elle peut se jouer des carcans de l’éducation traditionnelle asiatique.

Les bouteilles vidées, nous nous sommes salués et je suis retournée à l’hôtel, empestant la fumée de cigarettes du restaurant et du bar. Heureusement, l’hôtel dispose de machines à laver et de sèche-linge. Pendant que mon linge tournait, je faisais la mariole dans mon uniforme Prison break @Tokyo devant les miroirs de la salle de bain

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ou dans le lounge avec ses prises électriques, bouilloire et micro-ondes à notre disposition. Comme vous pouvez le constater sur l’image ci-dessous, il y a une caméra au plafond.

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Cette caméra a été bien utile le lendemain lors de mon repos post-visites. J’étais attablée, écouteurs aux oreilles, à travailler sur mon ordi, aucun bruit, la pratique dans mon hôtel. Nous sommes telles des ombres, à marcher silencieusement, à murmurer, à nous rendre discret le plus possible, un vrai monastère (j’ai déjà l’habit !). Souvent seule à cette place, ce soir là, il y avait du monde dans le lounge : 3 personnes, dont bibi.

Coupée du monde par la musique, je percevais néanmoins qu’une des 2 autres femmes présentes était particulièrement mobile, se déplaçant de chaise en chaise. C’était étrange mais pas dérangeant. Puis, j’ai senti qu’elle bougeait. Un coup d’œil discret par prudence pour constater qu’elle se tenait debout, parlait seule, les yeux dans le vague, le corps replié sur elle-même. Cela a duré un certain temps. J’ai même pensé que c’était la caméra cachée. J’étais amusée et sereine, ce d’autant plus que je constatais la présence du personnel de l’hôtel, une employée passant de temps en temps pour vérifier le niveau de la bouilloire ou celui de l’humidificateur d’air.

Le Requiem de Mozart attaquait un moment assez solennel quand tout d’un coup, j’entendis un hurlement long comme l’éternité au travers de mes écouteurs. Devant moi, mes yeux écarquillés par l’invraisemblance de la situation, la jeune femme prenait sa tête entre ses mains crispées. Sa bouche grande ouverte crachait son hurlement qui se mélangeait au chœur sacré. Mes mains s’accrochaient aux accoudoirs de la chaise comme si son hurlement était une rafale de vent. En slow motion, je revois l’employée dans son uniforme prison break vert ouvrir la porte en panique et la folle prendre la sortie.

Mon cœur avait fait un bond de capri et le rythme cardiaque était en dent de scie. Toute tremblante, je sors de la pièce accompagnée de l’employée, qui était encore plus mal que moi. Elle m’explique entre 2 sanglots réprimés qu’elle est la seule employée restante (23h à ma montre), que la caméra lui avait permis de constater le comportement de la pensionnaire et la surveiller. Son manager était présent mais sans grande aide, les hommes ne pouvant entrer dans les étages réservés aux femmes. Elle me propose une capsule dans un autre étage pour ne plus la croiser. L’idée de déménager mes affaires m’a fait refuser sa proposition. Je n’ai jamais connu une telle situation mais je sais que je peux gérer. Je m’imaginais lui mettre un coup de G-shock (ma montre indestructible) pour qu’elle me laisse faire dodo tranquillement. Non mais !

Riant sous cape de cette idée farfelue, je me suis endormie dans ma capsule juchée en hauteur. Mon sommeil n’a pas duré longtemps, ma capsule résonnait de chocs ! Arghh, tremblement de terre ?!! Rien ne bougeait pourtant. Non, c’était des coups et une voix dans la nuit, celle la folle.. J’ai sorti ma tête de la capsule et ai constaté que toutes les capsules alentour étaient vides et que celle d’en dessous était éclairée derrière l’épais rideau. Comme dans les films, j’ai revu la scène où la jeune employée proposait de me changer de capsule. De guerre lasse, je ne suis pas allée lui mettre un coup de G-shock pour l’endormir. Silencieusement pour ne pas éveiller le dragon, j’ai utilisé les rembarres d’accès en hauteur et les taquets pour fuir le plus loin possible cette énervée du ciboulot. J’ai ainsi pu finir sereinement ma nuit, en entendant au loin résonner ses coups contre les parois de la capsule.

C’est sur cette dernière anecdote que je finis mon récit du passage éclair au Japon.

Mon contact a été positif avec Tokyo, ses habitants sont à découvrir malgré des dehors sévères et froids. Les Japonais sont en général doux dans leur approche à l’autre comme les Thaïlandais. Il y a des pays où je n’ai pas plaisir à aller et d’autres qui sont des « chez moi » temporaires.

Le Japon, un pays merveilleux que j’explorerai dans un futur que j’espère proche et surtout printanier ou estival.

Asakusa, ensoleillé, enneigé, pour clap de fin.

Asakusa, ensoleillé, enneigé, pour clap de fin.

 

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