New Orleans, la belle du sud

« Dédaigneux des chemins déjà frayés, trop longs, j’ai parcouru d’âpres monts, d’insidieux vallons »

Charles Cros en parlait déjà magnifiquement dans son poème Tsigane. Comme tant d’autres avant moi, nous endossons son costume au terme d’une réflexion personnelle sur le voyage qui va naturellement vers cette voie. Pour cette étape de mon voyage itinérant, j’ai néanmoins fait une entorse à la philosophie du tsigane. J’allais vers une destination ultra touristique des Etats-Unis et échangerai durant quelques jours ma solitude bienheureuse pour revivre la ville et côtoyer les autres. Pour Nola, diminutif affectueux de New Orleans, j’étais prête à ce sacrifice.

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Yeah, plus que NYC à croquer !

New Orleans, c’est au plus près de nous l’ouragan Katrina de 2005 qui a ravagé la ville et la vie de ses habitants.

Si c’est arrivé à Nola, cela peut arriver à toutes les villes côtières dont NYC

New Orleans, c’est une ville dangereuse où 16 personnes se sont entretuées la semaine avant mon arrivée. La police doit être le premier employeur de la ville car ils recrutent sans cesse.

New Orleans, c’est Mardi gras, la fête la plus courue des Etats-Unis, comparable aux ferias de Nîmes pour son flot humain, l’alcool à gogo, musique jour et nuit puissance 1000, la folie qui s’empare des participants, que la police ou les secours retrouvent dans des situations improbables, les fanfares et enfin les sacro-saints colliers de perles colorées jetées sur la foule par les chars qui défilent.

La ville s’arrête le temps de Mardi gras ainsi que les guerres de gangs. En effet, cette ville, plus dangereuse que Detroit !, devient la plus sécuritaire des USA : police en uniforme, police en civil, hélicoptères, drones et renfort militaire à l’appui. C’est la fête !

Je me souviendrai toujours du ton sérieux et ahuri de mon interlocutrice quand elle m’a dit « tu te rends compte ?! 22 marshalls ont été envoyés pour couvrir le Mardi Gras 2016 ! Tu sais, ces types avec leur grand chapeau ». Le grand chapeau m’a fourvoyée, je voyais la Police montée canadienne avec canasson, grand chapeau et pantalon de cavalier bouffant. Ouuii du folklore !

Mais apparemment, les militaires qui débarquent dans une ville, ce n’est pas bon signe et les gangs font un break pour s’entre-tuer. Effet positif du Mardi gras non négligeable.

Ces aspects m’étaient totalement inconnus car je n’avais retenu que l’architecture d’inspiration française et espagnole de la ville. Ayant déjà visité par le passé diverses villes des Etats-Unis, aucune ville n’a pu soutenir la comparaison avec San Francisco. J’espérais que Nola relèverait le défi.

Et Nola l’a fait ! Grâce notamment à son passé flamboyant à l’empreinte toute européenne dont le noyau historique, un confetti sur la carte de la ville, est the French quarter.

Hors de cet oasis de culture, c’est le désert architectural et tristement américain. La déprime assurée pour qui aime capturer le beau.

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C’est ce qu’on voit quand on sort du French quarter

Ce quartier m’a régalée pour son condensé de balcons richement décorés ou tout en sobriété, de demeures du passé et ses jardins à la française malgré mes yeux blasés et ma mémoire saturée de ces visions. Le contraste de leur existence au milieu du néant. Outre ces splendeurs du passé, les rues du French quarter regorgent aussi de boutiques d’antiquités chics ou de sucreries et autres babioles complètement touristiques, de bars-restaurants, d’une rue dédiée aux bas instincts avec les jeux, l’alcool et des salons pour pépés avec des sous où oeuvrent des donzelles aux formes appétissantes. Bourbon street, mon capitain, Bourbon street la chaude qui devient brûlante la nuit. Une des pensionnaires de mon auberge de jeunesse est revenue totalement choquée de sa visite.

Ce confetti coloré rassemble ce que j’ai pu rarement voir aux Etats-Unis : une rue animée, vivante, squattée par des piétons, des cyclistes, des artistes peintres, des poètes de rue, des saltimbanques, des musiciens. En terme de musique, il y avait de tout ! De la musique à toute heure du jour et de la nuit, 3 jeunes gens au coin de la rue, un jazz man sur le trottoir, un jazz band qui bloque le trafic et aucun klaxon. La rue résonnait d’une belle énergie créatrice.

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Pour le jazz, il faut juste aller au bout du French quarter pour s’engouffrer dans le Frenchmen street. Achetez votre boisson et dégustez la. Le bar offre l’animation.

Bien sûr, je ne vous cacherais pas qu’il vaut mieux éviter de mesurer 1,50m pour déambuler dans les rues la nuit, les rues sont bondées de touristes. S’y mouvoir, c’est comme en boîte ou en festival de musique, faut jouer du coude. Mais ce n’est pas dangereux. Pas de coupe gorge, pas de violence dans cet oasis.

La seule violence a été de voir qu’il coûterait en gros 60$ par jour pour garer ma voiture dans le centre. Heureusement, le parking dans la rue était gratuit là où se situait mon auberge de jeunesse à 10 minutes de marche du French quarter, en toute sécurité.

Puisque j’étais de passage, il était tout à fait naturel que j’aille visiter une plantation. En roulant sur les routes de la Louisiane, les mots d’Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, de Racines d’Alex Haley et de Beloved de Toni Morrison (prix Nobel en littérature) emplissaient la voiture, les images se reformant au fur et à mesure que les bribes de ces 3 livres me revenaient en mémoire.

J’étais partagée car je n’ai pas oublié les horreurs décrits dans ces livres mais c’était une opportunité car je n’étais pas sûre de revenir ici un jour.

Chacun de ces livres m’offrait une perspective différente de ce que fut la vie des planteurs et de leurs esclaves.

J’avais le choix entre la plantation Oak Alley, qui en jetait c’est vrai et la plantation créole Laura, qui a le mérite de retracer l’histoire d’une famille de planteurs.

Oak Alley, Autant en emporte le vent, c’est clair !

Le choix s’est porté sur la plantation Laura, choix qui était aussi celui de mon nouvel ami rencontré à mon auberge.

Le fondateur de la ferme Laura était un Français un peu sanguin, envoyé à l’école militaire comme châtiment pour avoir tué le fils du meilleur ami de papa. En duel certes mais quand même !

Guillaume Duparc, fondateur de la plantation

Je suppute que son père ne lui a pas dit « Va, je ne te hais point » mais plutôt quelque chose comme « ils vont te remettre les idées en place à l’école militaire ! ». Toujours est-il qu’il a grave kiffé son école où il a pu devenir un brillant militaire maritime. Puis, il a fichu la pâté à une armada ennemie ou des pirates (fichue mémoire) et qu’en reconnaissance, le roi d’Espagne himself lui a donné des terres et un job de gouverneur.

La visite de la plantation Laura a donné vie aux mots d’Autant en emporte le vent par son souffle épique d’une histoire familiale, que Racines et Beloved ont décrit parfaitement le chemin de croix des esclaves, des noirs enlevés, capturés en Afrique puis vendus à des marchands d’humains dont des Français (Bordeaux, La Rochelle et Saint Malo faisaient partie du triangle d’or de la traite négrière => France, Afrique, USA) et de leur vie au sein d’une plantation. Ils décrivent avec précision la perte identitaire de ces êtres arrachés, violés, torturés, mutilés pour l’exemple pour certains (ceux qui s’évadent). L’un des membres de la famille avait de multiples relations avec des esclaves dont il était le père. Ses enfants métissés étaient des esclaves comme les autres. Point à la ligne.

Beloved a été probablement la plus insoutenable de mes lectures puisque l’héroïne, la mère, a tué sa fille pour qu’elle ne connaisse jamais la même vie.

Lorsque la guerre de Sécession s’est finie, les esclaves étaient libres et perdus à la fois. La perte identitaire, le déracinement, l’habitude d’une vie connue pour la majorité d’entre eux leur a fait préférer rester à la plantation Laura et continuer leur travail. Les anciens maîtres sont devenus leurs employeurs mais aussi bailleurs. J’étais une fois de plus dissipée lorsque le guide a donné le prix du bail mais il correspondait en grande partie au salaire perçu.

C’était une visite très intéressante et je ne peux que vous conseiller de prendre votre billet d’avion pour visiter Nola, les plantations, les coins environnants, c’est topissime !

Mon excursion dans la ville a été à la hauteur de mes attentes mais c’était avec joie que je suis retournée sur les routes et mes « million stars hotel ». Mon expérience de la vie avec les autres dans l’auberge n’a pas été particulièrement à mon goût.

La Floride m’attendait et elle me surprendra au-delà de mes espérances.

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