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La Floride, couleur des Caraïbes

En quittant la Nouvelle-Orléans, mon esprit était tourné vers l’urgence de rallier le plus vite possible Miami. J’étais attendue par un nouvel ami rencontré sur la route. Nous allions profiter de ma voiture pour nous rendre à Key West par cette fameuse route qui fend la mer.

Conduire entouré de ce bleu relève du rêve.

Une expérience à vivre absolument !

Une expérience à vivre absolument !

Avant d’arriver à ces explorations merveilleuses, j’avais une dernière portion de route à effectuer et disais adieu au bivouac nature pour celui dans la ville. Je quittais les zones rurales pour un Etat densément peuplé. Autant j’avais intégré les éléments pour dormir en sécurité dans la nature, autant la ville m’effrayait. Outre la peur de l’inconnu à surmonter, il me fallait trouver de nouveaux repères urbains pour dormir en paix, sans être importunée par la police ou d’hypothétiques malfaisants.

Chaque jour, ce n’était pas l’obsession de manger, de me laver ou faire ma lessive (avoir peu de vêtements implique une gestion au flux tendu) qui me hantait, c’était le lieu où j’arrêterai la voiture pour la nuit.

Généralement vers 17h, soit 1h30 avant le coucher du soleil, c’est le branle-bas de combat pour trouver le lieu pour la nuit. Scruter la carte pour trouver un parc ou un lieu naturel, s’y rendre et constater qu’il est en réfection. Vite trouver un autre spot comme cet autre parc au milieu de nulle part, rouler avec la lumière du jour qui décline mais le feeling ne passe pas. Repartir comme une damnée, jusqu’à trouver le bon lieu malgré la peur au ventre de l’obscurité qui cache les tueurs en série, les kidnappeurs et criminels poursuivis par Dexter (comment font les gens qui regardent des séries ou films anxiogènes ?). Mon imagination s’emballait parfois mais le sommeil sortait toujours gagnant.

Une seule fois, je fus réveillée en pleine nuit par une lumière éblouissante pointée vers mon visage. Dans un demi-sommeil, sans mes lunettes, je ne savais plus où j’étais. La réalité me rattrapait rapidement, un policier tenait le bout de la lampe torche. Il était tard et j’ai craint d’être vertement priée de déguerpir. Mais, d’une voix douce, il me demandait si j’allais bien. Le rideau, que j’avais improvisé avec une écharpe et un fil pour me protéger du lampadaire, avait attiré son attention. Cet élément fût enregistré pour les prochains bivouacs bancals dans la ville. Ne pas attirer le regard !

Ainsi, maintes fois depuis mon habitacle dans la pénombre, j’ai observé le bal de la nuit : des amoureux clandestins, des oiseaux ivres zizaguant au sortir des bars, des agents d’entretien, des agents de surveillance, des piétons tantôt nonchalants, d’autres aux pas pressés, la police qui sillonne inlassablement les rues.

Depuis le début de mon road trip, je désespérais faire une rencontre mémorable. Ce sera à Miami que je vais rencontrer 2 voyageurs au sang froid admirable.

En nous rendant à Key West avec Seo, nous les avons aperçus sur le bord opposé de la route avec leurs immenses sacs à dos, le pouce en l’air. Ils quittaient le paradis bleu pour revenir à Miami. Il était 16h, la nuit allait bientôt les cacher de la vue des automobilistes.

Réaliste sur leur chance d’être pris en stop, je dis à Seo que nous les prendrions si jamais ils étaient encore là à notre retour.

Key West est une minuscule ville située sur la pointe la plus au sud des Etats-Unis. Face à elle, c’est Cuba, à 90 miles. Bien que la ville était en plein spring break avec ses hordes de jeunes, elle paraissait idéale pour me reposer de mes 7h de conduite. Nous avons profité de la pause balade pour nous faire prendre en photo devant la pointe. Touristes !

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La nuit, la pluie et le froid nous ont fait quitter Key West rapidement. Tout en conduisant, nous scrutions le bord de la route pour voir si les auto-stoppeurs seraient encore là. Personne. Ouf, ils ont été aidés par d’autres automobilistes. Seo et moi allions pouvoir arrêter notre surveillance. Tout d’un coup, 2 silhouettes dans la nuit, pouces à l’air, abritées de la pluie, d’immenses ballots au pied. Nos auto-stoppeurs !

Surpris par notre venue et sur la défensive, ils nous tombèrent dans les bras avec moult remerciements quand ils ont compris que nous étions venus pour les emmener hors de ce lieu. Molestés par la police, ils étaient devenus méfiant.

Calés avec leurs balots à l’arrière de la voiture, nous reprenons la route et écoutons leur incroyable histoire. Ils sont tous deux Japonais. L’un voyage depuis quelques mois, l’autre 5 ans. Ce dernier a vécu dans divers pays d’Amérique du sud où il a appris l’espagnol. Son ami l’a rejoint au Canada et ensemble, ils parcourent désormais les Etats-Unis, avec leurs maigres économies. Ils ont fait de l’auto-stop pendant 2 jours pour arriver à Key West, l’ont visité et maintenant espèrent continuer leur voyage en empruntant les trains de marchandise. Tout en conduisant, je me remémorais les rails entrevus dans différents lieux. Mon imagination vagabondait avec eux et la nuit. Nous marchions avec la précaution silencieuse propre aux clandestins, ouvrions avec espoir la porte d’un conteneur pour nous y glisser et nous y cacher comme des souris, vers une destination inconnue. Ma vie dans la voiture était du luxe comparé à leur périple. Ce soir là, nous avons rencontré des voyageurs hors normes, d’un autre temps.

Faute d’idées sur la manière d’organiser la suite de leur voyage, mes Japonais me demandent si je sais comment aller à l’aéroport de Miami. Là, ils pourront dormir sur les canapés, aller aux toilettes, se laver et avoir accès à internet. J’ai souri intérieurement en constatant que le monde était bien fait, mon logement étant situé à côté, je les déposerai avant de rentrer.

En les quittant avec de chaleureux embrassades propres aux compagnons de galère, Seo et moi avons statué que ces garçons nous avaient donné une grande leçon sur l’espoir. Ils avaient attendu toute la journée, personne pour s’arrêter, la police venue les rudoyer. Pourtant, ils n’avaient pas renoncé, n’importe qui aurait pu s’arrêter mais c’était nous et ce pour les déposer là où ils avaient besoin de se rendre.

Est-ce de la chance ? Est-ce de la magie ?

Ce soir là, en m’effondrant dans mon lit après 12h de conduite, j’ai compris que l’espoir est un signal plus puissant que la détresse.

Bienvenue sur mon blog

Chers amis,

Que de larmes, que de vidéos youtube mais enfin, il est là, tout beau, tout frais.

Certains d’entre vous me suivent depuis le début de l’aventure, qui est d’abord une aventure humaine : trouver sa place dans ce monde.

Ce voyage est donc un voyage initiatique. A l’image du jeune berger de l’Alchimiste de Paulo Coelho, je pars dans le vaste monde, à la recherche de mon trésor dont j’ignore tout (très pratique pour les recherches, si si).

J’espère le rencontrer (c’est un être humain normalement) mais avant cela j’ai des gens à rencontrer, des choses à vivre, à expérimenter, apprendre des autres, sur moi.

La vie m’a offert un magnifique cadeau en m’éveillant, je souhaite à mon tour rendre autant que possible ce qui m’a été offert.

Je vous souhaite de vivre vos rêves !