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New Orleans, la belle du sud

« Dédaigneux des chemins déjà frayés, trop longs, j’ai parcouru d’âpres monts, d’insidieux vallons »

Charles Cros en parlait déjà magnifiquement dans son poème Tsigane. Comme tant d’autres avant moi, nous endossons son costume au terme d’une réflexion personnelle sur le voyage qui va naturellement vers cette voie. Pour cette étape de mon voyage itinérant, j’ai néanmoins fait une entorse à la philosophie du tsigane. J’allais vers une destination ultra touristique des Etats-Unis et échangerai durant quelques jours ma solitude bienheureuse pour revivre la ville et côtoyer les autres. Pour Nola, diminutif affectueux de New Orleans, j’étais prête à ce sacrifice.

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Yeah, plus que NYC à croquer !

New Orleans, c’est au plus près de nous l’ouragan Katrina de 2005 qui a ravagé la ville et la vie de ses habitants.

Si c’est arrivé à Nola, cela peut arriver à toutes les villes côtières dont NYC

New Orleans, c’est une ville dangereuse où 16 personnes se sont entretuées la semaine avant mon arrivée. La police doit être le premier employeur de la ville car ils recrutent sans cesse.

New Orleans, c’est Mardi gras, la fête la plus courue des Etats-Unis, comparable aux ferias de Nîmes pour son flot humain, l’alcool à gogo, musique jour et nuit puissance 1000, la folie qui s’empare des participants, que la police ou les secours retrouvent dans des situations improbables, les fanfares et enfin les sacro-saints colliers de perles colorées jetées sur la foule par les chars qui défilent.

La ville s’arrête le temps de Mardi gras ainsi que les guerres de gangs. En effet, cette ville, plus dangereuse que Detroit !, devient la plus sécuritaire des USA : police en uniforme, police en civil, hélicoptères, drones et renfort militaire à l’appui. C’est la fête !

Je me souviendrai toujours du ton sérieux et ahuri de mon interlocutrice quand elle m’a dit « tu te rends compte ?! 22 marshalls ont été envoyés pour couvrir le Mardi Gras 2016 ! Tu sais, ces types avec leur grand chapeau ». Le grand chapeau m’a fourvoyée, je voyais la Police montée canadienne avec canasson, grand chapeau et pantalon de cavalier bouffant. Ouuii du folklore !

Mais apparemment, les militaires qui débarquent dans une ville, ce n’est pas bon signe et les gangs font un break pour s’entre-tuer. Effet positif du Mardi gras non négligeable.

Ces aspects m’étaient totalement inconnus car je n’avais retenu que l’architecture d’inspiration française et espagnole de la ville. Ayant déjà visité par le passé diverses villes des Etats-Unis, aucune ville n’a pu soutenir la comparaison avec San Francisco. J’espérais que Nola relèverait le défi.

Et Nola l’a fait ! Grâce notamment à son passé flamboyant à l’empreinte toute européenne dont le noyau historique, un confetti sur la carte de la ville, est the French quarter.

Hors de cet oasis de culture, c’est le désert architectural et tristement américain. La déprime assurée pour qui aime capturer le beau.

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C’est ce qu’on voit quand on sort du French quarter

Ce quartier m’a régalée pour son condensé de balcons richement décorés ou tout en sobriété, de demeures du passé et ses jardins à la française malgré mes yeux blasés et ma mémoire saturée de ces visions. Le contraste de leur existence au milieu du néant. Outre ces splendeurs du passé, les rues du French quarter regorgent aussi de boutiques d’antiquités chics ou de sucreries et autres babioles complètement touristiques, de bars-restaurants, d’une rue dédiée aux bas instincts avec les jeux, l’alcool et des salons pour pépés avec des sous où oeuvrent des donzelles aux formes appétissantes. Bourbon street, mon capitain, Bourbon street la chaude qui devient brûlante la nuit. Une des pensionnaires de mon auberge de jeunesse est revenue totalement choquée de sa visite.

Ce confetti coloré rassemble ce que j’ai pu rarement voir aux Etats-Unis : une rue animée, vivante, squattée par des piétons, des cyclistes, des artistes peintres, des poètes de rue, des saltimbanques, des musiciens. En terme de musique, il y avait de tout ! De la musique à toute heure du jour et de la nuit, 3 jeunes gens au coin de la rue, un jazz man sur le trottoir, un jazz band qui bloque le trafic et aucun klaxon. La rue résonnait d’une belle énergie créatrice.

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Pour le jazz, il faut juste aller au bout du French quarter pour s’engouffrer dans le Frenchmen street. Achetez votre boisson et dégustez la. Le bar offre l’animation.

Bien sûr, je ne vous cacherais pas qu’il vaut mieux éviter de mesurer 1,50m pour déambuler dans les rues la nuit, les rues sont bondées de touristes. S’y mouvoir, c’est comme en boîte ou en festival de musique, faut jouer du coude. Mais ce n’est pas dangereux. Pas de coupe gorge, pas de violence dans cet oasis.

La seule violence a été de voir qu’il coûterait en gros 60$ par jour pour garer ma voiture dans le centre. Heureusement, le parking dans la rue était gratuit là où se situait mon auberge de jeunesse à 10 minutes de marche du French quarter, en toute sécurité.

Puisque j’étais de passage, il était tout à fait naturel que j’aille visiter une plantation. En roulant sur les routes de la Louisiane, les mots d’Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, de Racines d’Alex Haley et de Beloved de Toni Morrison (prix Nobel en littérature) emplissaient la voiture, les images se reformant au fur et à mesure que les bribes de ces 3 livres me revenaient en mémoire.

J’étais partagée car je n’ai pas oublié les horreurs décrits dans ces livres mais c’était une opportunité car je n’étais pas sûre de revenir ici un jour.

Chacun de ces livres m’offrait une perspective différente de ce que fut la vie des planteurs et de leurs esclaves.

J’avais le choix entre la plantation Oak Alley, qui en jetait c’est vrai et la plantation créole Laura, qui a le mérite de retracer l’histoire d’une famille de planteurs.

Oak Alley, Autant en emporte le vent, c’est clair !

Le choix s’est porté sur la plantation Laura, choix qui était aussi celui de mon nouvel ami rencontré à mon auberge.

Le fondateur de la ferme Laura était un Français un peu sanguin, envoyé à l’école militaire comme châtiment pour avoir tué le fils du meilleur ami de papa. En duel certes mais quand même !

Guillaume Duparc, fondateur de la plantation

Je suppute que son père ne lui a pas dit « Va, je ne te hais point » mais plutôt quelque chose comme « ils vont te remettre les idées en place à l’école militaire ! ». Toujours est-il qu’il a grave kiffé son école où il a pu devenir un brillant militaire maritime. Puis, il a fichu la pâté à une armada ennemie ou des pirates (fichue mémoire) et qu’en reconnaissance, le roi d’Espagne himself lui a donné des terres et un job de gouverneur.

La visite de la plantation Laura a donné vie aux mots d’Autant en emporte le vent par son souffle épique d’une histoire familiale, que Racines et Beloved ont décrit parfaitement le chemin de croix des esclaves, des noirs enlevés, capturés en Afrique puis vendus à des marchands d’humains dont des Français (Bordeaux, La Rochelle et Saint Malo faisaient partie du triangle d’or de la traite négrière => France, Afrique, USA) et de leur vie au sein d’une plantation. Ils décrivent avec précision la perte identitaire de ces êtres arrachés, violés, torturés, mutilés pour l’exemple pour certains (ceux qui s’évadent). L’un des membres de la famille avait de multiples relations avec des esclaves dont il était le père. Ses enfants métissés étaient des esclaves comme les autres. Point à la ligne.

Beloved a été probablement la plus insoutenable de mes lectures puisque l’héroïne, la mère, a tué sa fille pour qu’elle ne connaisse jamais la même vie.

Lorsque la guerre de Sécession s’est finie, les esclaves étaient libres et perdus à la fois. La perte identitaire, le déracinement, l’habitude d’une vie connue pour la majorité d’entre eux leur a fait préférer rester à la plantation Laura et continuer leur travail. Les anciens maîtres sont devenus leurs employeurs mais aussi bailleurs. J’étais une fois de plus dissipée lorsque le guide a donné le prix du bail mais il correspondait en grande partie au salaire perçu.

C’était une visite très intéressante et je ne peux que vous conseiller de prendre votre billet d’avion pour visiter Nola, les plantations, les coins environnants, c’est topissime !

Mon excursion dans la ville a été à la hauteur de mes attentes mais c’était avec joie que je suis retournée sur les routes et mes « million stars hotel ». Mon expérience de la vie avec les autres dans l’auberge n’a pas été particulièrement à mon goût.

La Floride m’attendait et elle me surprendra au-delà de mes espérances.

U.S.A., 15 ans après

15 ans, c’est le nombre d’années qui se sont écoulées depuis ma dernière visite.

Mes souvenirs restaient figés sur San Francisco. Ma destination serait toute autre, la banlieue côtière de Los Angeles, où vit désormais la majeure partie de ma famille paternelle. Mes grands-parents ne sont pas éternels et la visite devenait plus que pressante.

Ce matin de départ de Tokyo, mon esprit était surtout tendu vers le moment du check-in. Selon les blogs de voyage, les USA contrôlent l’entrée de leur territoire en amont. Le ouï-dire est qu’il faut présenter un billet d’avion de sortie du territoire américain pour monter dans l’avion. Lorsque l’hôtesse de l’air m’a demandé mon billet d’avion de sortie, j’ai remercié les blogs ! Egalement soulagée que le fruit de mon travail de dimanche n’ait pas été vain, malgré l’interruption due à la pensionnaire dingo.

Un véritable interrogatoire s’engageait avec l’hôtesse mais j’étais rodée. Lors de mon départ du Viêt-Nam, j’ai eu droit au même interrogatoire de la part de l’hôtesse vietnamienne.

Voyageurs, sachez que les pays comme le Japon et les Etats-Unis contrôlent en amont l’entrée des étrangers sur leur territoire. Prenez vos précautions pour éviter d’avoir à acheter un billet à l’arrach’ à l’aéroport.

Arrivée aux USA, après 15h d’avion, la fatigue, le froid, la tristesse de quitter l’Asie, le blues des amis dispersés un peu partout autour du monde et la famille laissée en France, mon état nerveux était à fleur de peau lorsque les forces de l’ordre ont montré les crocs d’emblée aux étrangers qui passaient le contrôle d’entrée.

Ce fût un moment désagréable que d’avoir à répondre plusieurs fois aux mêmes questions posées par différents intervenants, de manière suspicieuse : quelle est la raison de son séjour aux Etats-Unis ? Combien de temps allais-je rester ? Où se trouve mon hôtel ? Quelle est l’adresse de ma famille ? Combien de sous ai-je sur moi ?

A cette dernière question, j’ai failli répondre « même pas de quoi acheter un café au Starbucks ».. A leur mine tendue, ce n’était pas le moment de faire de l’humour.

J’ai joué le jeu mais mentalement je commençais à raccourcir drastiquement la durée de mon séjour aux Etats-Unis au vu de l’atmosphère étouffante à l’aéroport de Dallas.

L’espoir que les futurs contacts avec les Américains serait d’un autre ordre. En effet, mes souvenirs de contact remontaient à 2001. L’état d’esprit de ce pays avait sûrement changé entre état d’urgence dû aux attentats, crises financières, sur fond persistant de tensions communautaires et le politiquement correct, fléau sociétal.

Mes contacts entre 1998 et 2001, toute population confondue avait lieu dans l’espace public ou dans les transports en commun, au grand dam de ma famille. D’ailleurs, le souvenir le plus mémorable a été une nuit à Minneapolis, à attendre le bus. Dans la nuit, je ne voyais que ses dents étincelantes. Puis sa question avec une voix joviale « Do you want to marry me? » « Arghhhhh, taxii !!! »

Bref, hormis quelques demandes en mariage qui n’avaient de mariage que le nom, le contact avec les Américains était très positif : faciles d’approche, extrêmement aimables, prêts à aider une pauvre touriste perdue, candides et toujours surpris d’entendre une Asiatique leur dire « I’m French » avant de dégainer leur « Bonjour, Olalala, Au revoir ».

Ayant déjà fait la visite de Los Angeles et des attractions rattachées, mon temps a été partagé avec la famille, les balades en bordure de plage à vélo et la préparation de mon voyage solo aux USA.

Cruiser des plages. Ce type de vélo n'existe qu'aux USA

Cruiser des plages. Ce type de vélo n’existe qu’aux USA

Pour se rendre à la plage, il me fallait invariablement 4h aller/retour. Ce sera un point décisif qui me fera pencher pour me déplacer autrement qu’en transport en commun. Ne pas avoir de voiture personnelle est une véritable galère dans ce pays.

Galère à laquelle j’ai goûté en ce premier jour de « je vais à la plage en transport en commun » !

Imaginez-moi, à l’arrêt de bus avec mon beau vélo, excitée par la perspective du bleu océan et du sable fin, à attendre dans le mauvais sens. Finalement, j’ai été prise en charge par un chauffeur de bus, qui ne me fait pas payer le trajet faute de sous sonnants et trébuchants et me dépose à la bonne correspondance.

Après 1h d’attente à la correspondance, le bus pour la plage est arrivé avec les racks vélos pleins. Maria m’avait vue faire cette tête lorsque son bus s’est arrêté à ma hauteur.

Nooo.. je veux aller à la plage !

Nooo.. je veux aller à la plage !

puis cette tête sans le vouloir car elle a eu pitié de moi et m’ouvrit les portes de derrière.

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Je peux monter quand même ?

Aux USA, on ne rigole pas avec les règles et Maria était en train d’enfreindre le règlement. Je l’ai chaleureusement remerciée en espagnol, à son grand étonnement d’entendre une Asiatique parler espagnol avec un accent français.

A la faveur d’une descente, la mer s’est découverte. Bleue, scintillante, lumineuse. Il y a des spectacles qui font chanter mon âme et la vue de la mer en faisait partie.

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Tous les jours de beau temps, j’ai ainsi pris le vélo et malgré les 4h de bus, j’ai vécu le Californian way of life en flânant, en mangeant des hamburgers si gras que j’ai dû éponger le steak pour enlever l’huile.

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Le temps s’est arrêté puis s’est accéléré lorsque la réalité m’a rattrapée : j’étais attendue fin février à Miami. Fini la dolce vita au sein de ma famille.

Prendre le bus pour aller de la Californie à Miami était si peu glamour que louer une voiture devenait ma seule obsession. Les serveurs de kayak.com et hotwire.com ont dû être noyés par mes requêtes à toute heure du jour et de la nuit.

Mais le résultat était là, lorsque j’ai roulé entourée de paysages à couper le souffle pour leur immensité, que je me suis endormie dans mes « million stars » hotel pour me réveiller entourée de nature et de couleurs pastel.

Le vent de la liberté absolue soufflait dans mes cheveux et cela n’avait aucun prix.

Tokyo, suite et fin

Ma première journée a été dense et en ce samedi ensoleillé, mon agenda ne présentait qu’un seul impératif, mon dîner avec une couchsurfeuse tokyoïte contactée quelques jours avant mon arrivée.

De manière générale, il est très aisé de nouer le contact et d’échanger en Asie du Sud-Est. Bien sûr, la barrière de la langue demeure le frein principal mais avec des dessins, une gestuelle des mains et des sons du genre « hummmm » en mangeant une soupe topissime (ou pour faire plaisir à la mamie derrière les fourneaux) font passer le message.

Mes diverses rencontres avec des Japonais sur plusieurs décennies et en divers endroits du monde (Barcelone, Paris, Asie) m’ont présagé un séjour un peu ardu sur la communication et même le contact. Ils ne sont pas très anglophones et d’une timidité touchante. Comme le mimosa pudica, ils se referment doucement lorsqu’on les aborde et s’ouvrent quand ils constatent qu’il n’y a rien à craindre. Ce fût donc le cas. Aucune rencontre fortuite avec un Japonais pour échanger lors de l’intégralité de mon séjour.

Durant cette journée, les déambulations étatiques ont continué, sans but, sans attente mais toujours cette agréable surprise de baigner dans l’art graphique et figuratif japonais : tradition, images du passé et culture manga.

Rideau métallique d'une boutique d'Asakusa

Rideau métallique d’une boutique d’Asakusa

Dans le métro

Dans le métro

Le soir venu, c’est autour d’une table richement garnie que j’ai fait la connaissance de ma couchsurfeuse, dont le hobby est la chasse des restaurants de qualité à prix d’amis. Enfin, j’approche une cuisine digne de ce nom et surtout du poisson frais et finement préparé.

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D’ailleurs, le poisson découpé pour préparer les sushis et sashimis est utilisé jusqu’à l’arête, servie frite. Un régal !

Le plus intéressant était surtout la diversité des invités autour de la table, un couple de Néo-zélandais qui monte des voyages sur mesure au Japon pour touristes exigeants, ma couchsurfeuse pimpante quarantenaire et fin gourmet, une autre convive de 23 ans qui a déjà fait le tour du monde et un retraité qui a vécu très longtemps en Europe pour développer le rayonnement d’un grand fabriquant d’électronique japonais.

L’alcool a coulé à flot et les convives joyeux ont échangé longuement sur les jolies villes du Japon à explorer, ces lieux cachés des sentiers battus et très prisés par les aventuriers. Ce n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde, comme la carte de visite du couple ou celle de mon retraité très alerte.

Surprise, j’entends mon couple de néo-zélandais faire le rapprochement entre mon âge et la période des boat people vietnamiens. La Nouvelle-Zélande a aussi fait partie des pays d’accueil de la diaspora vietnamienne, fuyant le régime de terreur post-guerre. Communauté qui a trouvé son essor et mène une vie florissante dans leur pays d’accueil.

Le dîner s’est prolongé dans un bar irlandais en plein Shibuya. Je voyais mes connaissances du soir continuer à descendre les bouteilles de vin, importé de Nouvelle-Zélande d’ailleurs (le bon vin français n’est pas abordable au Japon), et perdre l’équilibre sur leurs tabourets hauts. Ma couchsurfeuse en état d’ébriété avancé m’a expliqué que l’alcool faisait partie de la culture japonaise, que les femmes au même titre que les hommes étaient de grands buveurs. Elle a été étonnée de savoir qu’il est vu d’un très mauvais œil au Viêt-Nam que les femmes s’adonnent à l’alcool ou à la cigarette, qu’on soit dans les grandes villes ou perdue dans la campagne profonde. La femme japonaise des villes s’inscrit donc dans la culture occidentale où elle peut se jouer des carcans de l’éducation traditionnelle asiatique.

Les bouteilles vidées, nous nous sommes salués et je suis retournée à l’hôtel, empestant la fumée de cigarettes du restaurant et du bar. Heureusement, l’hôtel dispose de machines à laver et de sèche-linge. Pendant que mon linge tournait, je faisais la mariole dans mon uniforme Prison break @Tokyo devant les miroirs de la salle de bain

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ou dans le lounge avec ses prises électriques, bouilloire et micro-ondes à notre disposition. Comme vous pouvez le constater sur l’image ci-dessous, il y a une caméra au plafond.

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Cette caméra a été bien utile le lendemain lors de mon repos post-visites. J’étais attablée, écouteurs aux oreilles, à travailler sur mon ordi, aucun bruit, la pratique dans mon hôtel. Nous sommes telles des ombres, à marcher silencieusement, à murmurer, à nous rendre discret le plus possible, un vrai monastère (j’ai déjà l’habit !). Souvent seule à cette place, ce soir là, il y avait du monde dans le lounge : 3 personnes, dont bibi.

Coupée du monde par la musique, je percevais néanmoins qu’une des 2 autres femmes présentes était particulièrement mobile, se déplaçant de chaise en chaise. C’était étrange mais pas dérangeant. Puis, j’ai senti qu’elle bougeait. Un coup d’œil discret par prudence pour constater qu’elle se tenait debout, parlait seule, les yeux dans le vague, le corps replié sur elle-même. Cela a duré un certain temps. J’ai même pensé que c’était la caméra cachée. J’étais amusée et sereine, ce d’autant plus que je constatais la présence du personnel de l’hôtel, une employée passant de temps en temps pour vérifier le niveau de la bouilloire ou celui de l’humidificateur d’air.

Le Requiem de Mozart attaquait un moment assez solennel quand tout d’un coup, j’entendis un hurlement long comme l’éternité au travers de mes écouteurs. Devant moi, mes yeux écarquillés par l’invraisemblance de la situation, la jeune femme prenait sa tête entre ses mains crispées. Sa bouche grande ouverte crachait son hurlement qui se mélangeait au chœur sacré. Mes mains s’accrochaient aux accoudoirs de la chaise comme si son hurlement était une rafale de vent. En slow motion, je revois l’employée dans son uniforme prison break vert ouvrir la porte en panique et la folle prendre la sortie.

Mon cœur avait fait un bond de capri et le rythme cardiaque était en dent de scie. Toute tremblante, je sors de la pièce accompagnée de l’employée, qui était encore plus mal que moi. Elle m’explique entre 2 sanglots réprimés qu’elle est la seule employée restante (23h à ma montre), que la caméra lui avait permis de constater le comportement de la pensionnaire et la surveiller. Son manager était présent mais sans grande aide, les hommes ne pouvant entrer dans les étages réservés aux femmes. Elle me propose une capsule dans un autre étage pour ne plus la croiser. L’idée de déménager mes affaires m’a fait refuser sa proposition. Je n’ai jamais connu une telle situation mais je sais que je peux gérer. Je m’imaginais lui mettre un coup de G-shock (ma montre indestructible) pour qu’elle me laisse faire dodo tranquillement. Non mais !

Riant sous cape de cette idée farfelue, je me suis endormie dans ma capsule juchée en hauteur. Mon sommeil n’a pas duré longtemps, ma capsule résonnait de chocs ! Arghh, tremblement de terre ?!! Rien ne bougeait pourtant. Non, c’était des coups et une voix dans la nuit, celle la folle.. J’ai sorti ma tête de la capsule et ai constaté que toutes les capsules alentour étaient vides et que celle d’en dessous était éclairée derrière l’épais rideau. Comme dans les films, j’ai revu la scène où la jeune employée proposait de me changer de capsule. De guerre lasse, je ne suis pas allée lui mettre un coup de G-shock pour l’endormir. Silencieusement pour ne pas éveiller le dragon, j’ai utilisé les rembarres d’accès en hauteur et les taquets pour fuir le plus loin possible cette énervée du ciboulot. J’ai ainsi pu finir sereinement ma nuit, en entendant au loin résonner ses coups contre les parois de la capsule.

C’est sur cette dernière anecdote que je finis mon récit du passage éclair au Japon.

Mon contact a été positif avec Tokyo, ses habitants sont à découvrir malgré des dehors sévères et froids. Les Japonais sont en général doux dans leur approche à l’autre comme les Thaïlandais. Il y a des pays où je n’ai pas plaisir à aller et d’autres qui sont des « chez moi » temporaires.

Le Japon, un pays merveilleux que j’explorerai dans un futur que j’espère proche et surtout printanier ou estival.

Asakusa, ensoleillé, enneigé, pour clap de fin.

Asakusa, ensoleillé, enneigé, pour clap de fin.

 

Kotyo en 4 jours ! Partie I

Après une arrivée rock&roll et une nuit reposante dans une capsule, le premier de mes 4 jours dans la capitale du Japon a été consacrée à la découverte à pied de la ville.

D’habitude, j’aurais rempli mon planning des 4 jours de lieux incontournables, de musées, de restaurants, de bars mais je n’arrive plus à me forcer à pratiquer ce genre de tourisme. Mes baskets fouleraient le bitume de Tokyo au gré des envies. La chance était avec moi ce jour ainsi que les suivants : plein soleil. Exit musées et lieux clos.

Depuis peu, ma manière de voyager a changé radicalement. Ce que j’ai pu faire ou aimé n’est plus mon goût. Ce n’est plus important de ne pas aller voir le truc incontournable ou de ne pas avoir la photo trophée. J’ai juste envie de marcher à mon rythme, d’avoir la surprise d’un lieu qui me correspond ou d’une rencontre fortuite entre un local et une voyageuse, de contempler la vie des autres parce que la mienne s’inscrit nulle part.

Avant d’arriver à cette plénitude du moment présent, des détails techniques s’imposaient :

1. La fonction maps de mon Nokia ne me sera d’aucune aide pour cette étape. Il me fallait revenir à la bonne vieille carte fournie par l’office de tourisme à l’aéroport. Tokyo réserve un accueil de grande classe à ses touristes, dès leur arrivée à l’aéroport : mise à disposition de 2 comptoirs avec brochures et cartes ainsi que des hôtesses attentives pour orienter, réserver hôtel ou fournir des cartes sim. Dans toutes les stations de métro de Tokyo, cartes de la ville et plans de métro sont en libre service ainsi que de nombreux agents du métro, en contact direct avec les voyageurs. Nombreux, polis, serviables, leur uniforme (avec un grand penchant pour le style militaire) inspire le respect. Impossible d’être perdu avec un tel dispositif !

2. Je n’avais que des vêtements légers de voyageurs en zone tropicale. J’ai ainsi expérimenté à mon tour la technique des voyageurs au long cours, dite de l’oignon ou « multiple layers » : 2 couches de pantalon, 3 couches de t-shirts, doudoune (merci Winston babe) et un coupe-vent. J’ai ainsi représenté fièrement la France en bibendum bleu et baskets rouges. Que St Karl, patron de la haute couture fraaançaise, me pardonne !

Partie sans préjugés avec néanmoins la voix d’une amie globe trotteuse me répétant « Tu verras, Tokyo, ce sont des robots qui marchent d’un pas saccadé dans la rue, habillés de la même manière, noir et gris ».

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On n’est pas loin de la réalité du propos. J’ai eu parfois l’impression d’être revenue dans les quartiers d’affaires occidentaux.

Pour visiter la ville, j’ai pensé emprunter le métro pour me rendre dans les spots touristiques.

Merci la RATP tokyoïte

Merci la RATP tokyoïte !

Mais il était tôt et l’idée de me frotter à la vie urbaine ultra connectée, avec cette image de la foule en délire, comme dans les couloirs de la Défense ou d’Auber à l’heure de pointe, m’a fait déguerpir. Le contact rapproché avec les travailleurs du matin sera reporté à une prochaine fois.

Le Palais impérial était à côté de mon hôtel selon ma carte. J’ai ainsi traversé des blocs dont je ne voyais pas le bout, des avenues gigantesques bordées par des 4/6 voies, des parcs traditionnels, des magasins modernes jouxtant des boutiques de style traditionnel.

Un rappel à la réalité du pays : les tremblements de terre

Le béton et les nombreux parcs cohabitent. Dans celui-ci, on peut jouer au tennis. Pile en bas du travail.

Le béton et les nombreux parcs cohabitent. Dans celui-ci, on peut jouer au tennis. Pile en bas du travail.

Skywalks pour aller de building en building en restant protégé du climat. C’est courant aux US.

Arrivée là, le panneau « Palais impérial – Fermé » a guillotiné mes envies touristiques. Pas assez informée, pas assez bossé sur les visites. En revanche, les passagers des 3 bus venant de se garer à côté étaient, eux !, mieux informés que moi. A peine descendus, ils se sont rués vers un point de l’enceinte extérieure. Je me précipite dans leur sillage, pleine d’espoir de voir un événement insolite ou un ouvrage architectural dingue .. Ils venaient pour se faire prendre en photo devant le portail fermé, les lampadaires ouvragés, le pont métallique au loin et un bout du palais impérial.

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La perche à selfie est en panne :D

Constatant que je ne pouvais pas compter sur les touristes, je suis partie me restaurer pour noyer ma déception.

Un de mes frères m’avait dit « où que tu ailles, c’est bon et pas cher ». Fort de ce conseil, j’ai choisi une gargote qui ne payait pas de mine, à côté des rails aériens du métro, coincé entre un resto italien et un bar à bière. Première surprise, à peine entrée dans le restaurant, je suis accueillie par le salut des serveurs, des cuistots, tout le personnel quoi ! L’avenante serveuse m’amène vers le fond du restaurant et à la forte odeur de la cigarette, je m’arrête immédiatement et lui demande « non smoking area please » avec un sourire crispé. Arghhh, le cauchemar de la France avant 2008 serait ma réalité pendant 4 jours.

Passé cette découverte désagréable vite oubliée, j’ai souhaité tester un plat dont je connais le goût français et faire le test comparatif. Wow, je suis au JAPAN!!, mère patrie du japanese curry, le goût serait LE vrai, l’original, surtout qu’il est écrit sur la carte « home made curry ». C’était la fête et m’en léchais d’avance les babines !

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Katsu (poulet) curry et son oeuf mollet

Verdict : c’était bon, frais, le riz typiquement japonais (gros grain rond, fondant et parfumé en bouche) mais mes papilles n’ont pas fait waouuh. Mon alimentation essentiellement végétarienne et fruitière pendant mes 2 mois en Asie du SE a dû altérer mon goût.

Néanmoins, le repas a eu pour vertu de me réchauffer pour continuer les déambulations jusqu’à Ueno, un quartier de restaurants bon marché, de salles de pachinko, de jeux pour adultes entre adultes, de musées, de boutiques de vêtements, de souvenirs, d’alimentation allant des fruits frais aux poissons séchés sous vide.

Attraper le plus de billes possibles pour les convertir en cadeaux. C'était noir de monde, sur fond de musiques techno, de billes métalliques et de bande son de jeux d'arcade. Assourdissant !

Salle de pachinko : attraper le plus de billes possibles pour les convertir en cadeaux. C’était noir de monde, sur fond de musiques techno, de billes métalliques et de bande son de jeux d’arcade. Assourdissant !

C’est au détour d’une des rues que la première surprise de la journée est apparue : entendre parler vietnamien. Deux jeunes hommes, emmitouflés chaudement pour rabattre durant des heures les clients vers leur restaurant. Je me suis approchée d’eux, ils me saluèrent en japonais et entendirent ma réponse en vietnamien. La tête qu’ils ont fait ! Passé la surprise, nous avons ri de ma tête de non-vietnamienne et de ce point commun d’être des étrangers dans un pays si différent du nôtre.

L’un d’entre eux me propose de me faire visiter le quartier puis d’aller manger des sushis. Proposition acceptée avec joie !

Au cours du repas, il m’apprend qu’il est étudiant, comme beaucoup de jeunes vietnamiens, qu’il vit à Tokyo depuis 3 ans et qu’il cumule études et 2 jobs pour subsister. Je crois comprendre qu’il n’a qu’une demi-journée de libre par semaine pour souffler. Madre de dios !

J’en profite pour lui demander son avis sur le lieu où je pourrais me rendre pour revivre un peu la nuit tokyoïte comme dans le film « Lost in translation » de Sofia Coppola. Il me conseille vivement Shinjuku, le quartier où ça pulse de jour comme de nuit. Non content de m’inviter au restaurant, il m’emmène à la station de métro !

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La générosité à l’égard des voyageurs me surprendra et me touchera toujours autant. Ils me souhaitent un bon voyage avant de s’engouffrer dans leur rame.

Cette journée finalement très dense s’est terminée sur cette dernière image de Tokyo la nuit. Shinjuku, avec ses boutiques, ses bars, ses touristes, une marée humaine joyeuse et amicale, aura été une fois de plus photographié par une touriste.

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Tokyo, pont entre Asie et occident

Tokyo a été un caprice sur ma feuille de route. Je suis la seule de la fratrie à n’y avoir jamais été. Mes frères l’ont visité plusieurs fois et ne m’en ont dit que du bien. La tentation a été donc forte pour que j’y fasse un saut de puce entre l’Asie du sud-est et les Etats-Unis.

Réaliste sur ma résistance, quasi nulle, aux températures hivernales de Tokyo, j’ai décidé de n’y rester que 5 jours. Et j’ai bien fait. La veille de quitter Tokyo, il a neigé toute la nuit et la pluie glacée du matin a gentiment transformé le manteau neigeux en gadoue, gadoue qui s’est engouffrée dans mes baskets, à peine sortie de l’hôtel. La journée allait être longue.

Avez-vous déjà marché avec des chaussettes mouillées d’une eau tellement glacée que vous avez l’impression que des milliers petits aiguillons vous piquent les pieds à chaque pas, que la sensation au pied est interprétée comme une brûlure froide par votre crâne qui a mal d’ailleurs ?

Avant d’arriver à ce moment joyeux de mon séjour, je vous raconte mon arrivée un peu (encore) à l’arrach’ dans la capitale du Japon.

Ma préparation pour le séjour à Tokyo a été très légère et j’en avais conscience. Quelques recherches de logement avaient été effectuées en amont mais sans motivation aucune. Je verrai bien sur place.

Me voilà là, dans l’aéroport avec mon énorme sac à dos au pied, mon ukulélé, un peu sonnée par le froid, regardant la nuit au dehors. Aucun logement en tête. Aucune destination précise. Une fois de plus.

C’est avec optimisme (ou naïveté) que je me retrouve à surfer sur les booking, hostelworld, sur mon vieux et vaillant smartphone à l’écran de la taille d’un timbre poste. Durant cette recherche aux résultats insatisfaisants, j’ai maudit mon côté aventurière ! Le froid extérieur m’a pressée de trouver un lieu chaud où me réfugier pour la nuit avant d’abandonner la chaleur de l’aéroport. L’idée d’y dormir m’a traversé l’esprit mais c’est carrément moins glamour que Tampang beach à Ko Sichang.

En règle générale, quand quelque chose ne fonctionne pas, il ne faut pas s’acharner. Cela faisait 1h30 que j’avais atterri et le moment de l’action était venu. Direction le comptoir pour le shuttle aéroport <->Tokyo.

Si j’avais été à Bangkok, Saigon ou n’importe quelle autre capitale ou ville de l’Asie du SE, je n’aurais eu que 5 pas à faire et mille choix s’offraient. Tokyo, c’est comme Paris, Londres ou n’importe quelle ville d’occident, le logement, ça ne se trouve pas comme ça !

Au terme d’une heure de trajet, le bus a déposé tous les passagers à Tokyo station, point central de la ville, spot des boutiques de luxe cachées derrière des façades raides. Les rues étaient immenses, froides et désertes. Quelques voitures passaient rapidement, de rares passants. J’ai erré dans les rues alentours, cherchant le maximum de spots lumineux et espérer voir des mots « hotel », « vacancy », « rooms ». Rien, nada, il n’y avait que des visions de ça :

photographe Masashi Makui

Heureusement, au détour d’une rue, le Starbucks allait me sauver du froid et du poids du sac à dos. Pour en avoir souvent discuté avec d’autres voyageurs sur ma route, quand acculé, on devient plus lucide sur ce qu’on souhaite et on fait des concessions. J’étais butée sur le chiche! mais mes mains glacées entourant la tasse de thé m’ont rappelé que ce n’était pas réaliste et qu’il fallait s’avouer vaincue. Le reste a été facile, un site internet, 3 critères remplis et mon hôtel était trouvé, une capsule hôtel, à 400m, dans le quartier central et chic de Tokyo/Nihombashi (équivalent d’Opéra/Tuileries) pour 33 euros.

Long couloir menant à sa capsule. Dortoir non mixte.

Intérieur d’une capsule.

Toute heureuse d’avoir réservé ma chambre, il me fallait désormais m’y rendre sans l’aide du téléphone, la carte du Japon est indisponible comme la connection 3G. Bien sûr, je me suis perdue et bien sûr j’ai trouvé un gentil Japonais pour m’aider, jusqu’à m’accompagner devant l’hôtel.

Je m’en suis sortie une fois de plus, avec pour confirmation que quand ça doit marcher, ça marche. Définir au préalable les bons critères est essentiel. Ma prochaine étape étant les Etats-Unis, je vais revoir ma manière de voyager.

Observer, s’adapter, apprendre. Le moteur de mes voyages.

Ko Sichang, ma dolce vita thaï

Après 26 jours dans la fraîcheur de Sahainan, j’ai repris mon sac à dos sichang pour profiter de mes derniers jours en Thaïlande.

Les paradisiaques Ko Phi phi – Ko Pha Ngan ont été oubliées (17h de transport) au profit de Ko Sichang, île méconnue des circuits touristiques, mais à 2h de Bangkok.

Pour s’y rendre, il a fallu passer quelques heures sur google et travelfish, précieuse source d’information pour voyager en Asie.

Dans la mesure où je ne devais y rester que 6 jours, que l’essentiel de mes activités allait se réduire à aller faire du snorkeling, j’ai mis quelques affaires dans un sac Spar et suis partie. N.B. : pratique courante à Bangkok, les guesthouses gardent les sacs à dos encombrants des voyageurs pour 10 bath/jour (soit 25 cts).

Mon amie Lynn, rencontrée sur les bancs de la ferme-école, m’a chargée de dégoter une maison calme, avec cuisine et environnement sympa.. Malheureusement, je suis arrivée sur place 2h avant la tombée de la nuit et les logements étaient loin du port !

Ne trouvant rien, j’ai erré dans les alentours jusqu’à ce qu’une moto taxi me transporte jusqu’à LA plage de Ko Sichang, là où je comptais faire du snorkeling. J’ai demandé au chauffeur si il y avait beaucoup de locations disponibles et il me répond « oh no, it is full now, holidays! ». Douche froide.

Mon chauffeur comprend que je suis dans la galère et il me dit en rigolant que je pouvais dormir sur la plage.

Mon cerveau a rapidement calculé les paramètres mélangeant la peur de me faire agresser (peur inutile car l’île est tellement petite que tout se sait), le froid de la nuit, la marée montante, l’excitation de dormir à la belle étoile et le désir très fort de sortir de ma zone de confort. J’ai décidé d’être aventurière et de dormir sur la plage.

sichang2

Comme appris lors de mon séjour à la ferme-école, il fallait observer son environnement et utiliser les éléments à disposition.

Un gros rocher qui me cache de la vue d’éventuels agresseurs, utiliser mes affaires pour imiter une personne (mon masque de snorkeling pour la tête, mes affaires pour le corps), mettre 5 couches de t-shirt because les moustiques et le froid, couvrir le tout avec un paréo et la serviette de plage et hop au dodo ! Il n’était que 20h et la nuit noire avait happé la vie. La plage désormais déserte, plus aucun bruit si ce n’est le ressac et la vie animale. J’avais parfois peur, j’avais froid et rien dans l’estomac depuis 24h. La nuit allait être longue.

Elle fût entrecoupée par la lumière éblouissante des bateaux de pêche aux calamars, les éternels buveurs de bière et baigneurs de minuit, les réveils en sursaut à cause du moindre bruit et la peur d’être surprise par la marée montante.

Comme Robinson Crusoé, héros de mon enfance, je voulais vivre ces choses plus fortes que moi et pénétrer le secret de ma vie : aller au delà de ma peur, ne plus lutter contre elle mais l’apprivoiser, appréhender mes limites, faire confiance à des forces plus puissantes et ne jamais lâcher prise quand j’ai une idée précise de ce que je veux.

Je le savais théoriquement mais je voulais l’expérimenter, le vivre dans ma chair pour savoir si j’avais assez de cran pour surmonter les épreuves.

En l’occurrence, je ne voulais pas fuir un pays en ruine sur un bateau de pêcheurs rempli de réfugiés (ma mère) ou transporter de l’or et prétendre être une bonne face à des brigands qui menacent de trancher ma gorge (ma grand-mère). Je voulais juste une maison de vacances calme, avec jolie vue, la nature à proximité et une cuisine !!

Réveillée par la lumière du matin, j’ai trouvé à proximité un scooter à louer, leur ai laissé mes affaires encombrantes et suis partie à la découverte de cette minuscule île et de ses reliefs escarpés.

C’est au détour d’un chemin qu’elle est apparue, la maison mieux que dans mes rêves, avec une vue surplombant la verdure des collines pour s’ouvrir sur la mer qui se confondait avec le ciel. L’horizon un peu sombre de mes vacances venait de s’éclaircir en une fraction de seconde.

J’avais la preuve par A+B que oui ça marche de faire confiance, que oui tout est plus ou moins écrit mais que ce sont nos choix qui ouvrent les immenses possibilités de notre vie. Et magie ô magie, cela fonctionne pour tout le monde. Ma copine Lynn a tenté l’expérience sur sa peur des profondeurs de la mer. Nous avons loué un kayak, je l’ai emmenée au large, elle s’est jetée dans l’eau, la peur au ventre de mourir noyée. Mais le lendemain, elle est revenue pour plonger à nouveau, découvrant un banc de poissons multicolores, des coraux magnifiques, un Némo et d’autres merveilles. La récompense est systématique quand on va au bout de soi.

Après ma nuit sur la plage, j’ai douté de mon choix d’être venue sur cette île. Après mes 6 jours passés là-bas, j’ai remercié l’univers de m’y avoir fait vivre cette expérience magnifique : ma maison de vacances est celle que je rêve désormais de construire dans le futur, j’ai appris à pêcher avec une canne à pêche, entre joie d’avoir pêché un calamar et culpabilité de causer sa mort, j’ai énormément appris sur moi, j’ai rencontré des personnes généreuses, simples et d’une gentillesse infinie, j’ai eu la preuve que la vie est d’une bienveillance sans limite et qu’elle me donnerait toujours ce dont j’avais besoin.

Ko Sichang, c’était mon voyage intérieur.

Néanmoins, il y a des photos du voyage réel et elles sont visibles ici, également sur mon compte Instagram et celui de mon amie Lynn.

Tous mes voeux pour tous les jours de l’année 2016 !!

Qu’elle vous soit bénéfique, lumineuse, riche d’aventures intérieures

Suan Huay Yang

Projet de deux amis, rencontrés sur le banc de la fac de Toulouse, le « Jardin de Huay Yang » se veut un lieu d’expérimentations d’une autre forme de vie. Son emplacement jouxte la ferme-école de Sahainan, bénéficiant ainsi des connaissances empiriques de Sandot, mon instructeur.

Camille et Magali ont eu la gentillesse de répondre à mes questions sur ce projet qu’ils tiennent à bout de bras depuis des années et qui s’est concrétisé en un laps de temps très court. C’est ça la magie de la Thaïlande : tu veux une pelleteuse et un conducteur compétent ? elle est là le lendemain. Tu veux des bras pour soulever des arbres immenses, des matériaux de construction pesant une tonne ? Ils apparaissent comme par magie et avec le sourire !

Interview de Camille et de Magali

Peux tu nous raconter un peu ton parcours en France?

Magali : J’ai 37 ans, j’ai eu envie de vivre et de créer un autre système de vie collective. Ma vie a pris une tournure différente depuis plusieurs années. Je n’ai pas de chez-moi par exemple. Je vis chez la famille, des amis, toujours très heureux de partager  leur logement à moitié vacant, pendant en moyenne 15 jours. Une de mes amies adore que je vienne vivre avec elle, partager son quotidien, avec la surprise d’un dîner préparé à son retour, d’une maison toujours soignée et les papotages le soir. Ma vie professionnelle a pris aussi une autre tournure, tournée vers l’associatif essentiellement. Avec ce projet de vie en Thaïlande,  je vais pouvoir vivre une vie plus en conformité avec mes idéaux, selon mon slogan « small & slow ».

Camille: Depuis tout petit, je voulais changer le monde parce que je le trouvais trop pourri. Je me suis dirigé ver les arts plastiques pour y échapper, pour finir en cinéma d’animations. Le logiciel libre a été une continuité logique pour changer le monde. La politique a aussi été un pan de ma vie. J’en retire l’idée que l’argent peut changer le monde mais qu’il est maudit. La vie simple est la seule solution. Changer le monde à partir de son propre potager est désormais mon seul crédo.

Qu’est-ce qui t’a amené à monter ce projet en Thaïlande ? Que représente ce projet pour toi ?

Camille : J’avais déjà un projet en France mais la province de Nan a été choisi sur les conseils de Sandot (l’instructeur de Sahainan). Le climat nous a plu, loin de la chaleur étouffante de Bangkok. D’autres aspects sont rentrés en ligne de compte de ne pas monter le projet en France : l’autoritarisme supranational, décourageant, et comme toujours, l’aspect financier. SHY est une expérimentation de vie basée sur le volontarisme.

Magali : J’ai suivi Camille, ami depuis la fac. Cela fait 3 ans que nous échangeons sur le projet qui est dans la continuité de mes projets personnels : autonomie alimentaire, volontarisme, participation à la vie locale (projet d’école secondaire au sein de notre ferme).

Comment êtes-vous arrivés à la permaculture ?

Camille : c’est la philosophie permaculture qui m’a amené à m’y intéresser.

Magali : il y a des années de cela, j’ai effectué un séjour à Tacomepai (ferme mère de Sahainan) où j’ai suivi des cours de permaculture. La philosophie de vie qui sont indissociables des techniques de culture a résonné en moi : simplicité et autonomie.

Une échéance quant à votre projet ?

Camille : Pour atteindre l’autonomie alimentaire et générer des revenus : 3 ans. L’idée est de construire au fur et à mesure de nos séjours en Thaïlande et des moyens financiers. Ce premier séjour a permis d’acquérir le terrain, de le modeler selon nos projections de vie (avec comme base le dessin réalisé par Marine et moi). Ensuite, poser les fondations de la maison que je vais occuper avec ma femme. Nous reviendrons dans 1 an pour continuer sa construction.

Magali : Aucune ! La hutte que je vais occuper est déjà en train de sortir de terre. Je l’occuperai quand je serai en Thaïlande et la laisserai à ceux qui seront de passage : amis, volontaires de Sahainan.

Je reviendrai à SHY pour voir son évolution. Magali et Camille y ont posé des jalons, préparé la terre pauvre à certains endroits en plantant des arbres, en y jetant des « seed balls » remplies de graines que les prochaines pluies feront fondre et germer pour recréer une forêt comestible.

Comme eux, j’attends avec impatience de voir la nature à l’oeuvre, recréer le vivant, toujours en mouvement.

Tous mes voeux à Camille et Magali !!

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Magali, sur le chantier, à fond, à fond !

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Camille, jungle man en devenir. Il publie les photos du chantier sur twitter (Camille Harang – Suan Huay Yang)

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SHY dessiné à partir de la réalité du terrain et des projections de vie de Magali et Camille. RDV dans quelques années pour en refaire le dessin selon les travaux effectués.

Permaculture, du projet à la réalité

La fin de la formation est consacrée au projet personnel de ferme à présenter. N’ayant aucune idée pour l’heure du lieu où je souhaiterais vivre (terre exploitable, climat, topographie), ma camarade de stage, Marine, et moi avons choisi d’aider un groupe de Français qui a acheté une parcelle des terres de notre instructeur.

Comme c’est un homme au grand cœur, il leur a vendu une très jolie parcelle, qui s’accorderait à leurs projets de vie : une guest house mais aussi un lieu de vie communautaire, sur 11 000 m².

Nous avions un peu la pression car ils se baseront sur notre analyse, projections et propositions pour les premiers coups de pelleteuse, planter les arbres fruitiers, creuser les étangs d’épuration d’eaux usées. 48h de travail, de reconnaissance du terrain et de fumage de cerveau, c’est à deux voix que nous présentons notre projet, avec nos « clients » dans l’assistance.

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Nous savions que la pelleteuse devait venir incessamment mais ne nous attendions pas à ce qu’elle soit là le lendemain de la présentation du projet. Toute la journée, elle a creusé les chemins, les emplacements pour la constructions des habitations et les étangs d’épuration d’eaux usées.

Avec les autres étudiants et volontaires de la ferme, nous allons les aider dans leurs premiers pas dans la construction de leur nouvelle vie ici.

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Sahai Nan, c’est plus qu’une ferme-école, c’est un lieu où des valeurs essentielles que sont la solidarité, le partage et la protection de la nature sont moteurs de vie.

Je n’aurais rêvé mieux comme première école de la permaculture.

Désormais, j’axerai mon voyage en fonction de lieux où je pourrais continuer à pratiquer ce qu’il m’a été enseigné mais également approfondir les problématiques qui me tiennent à cœur.

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Permaculture, mon amour

La permaculture est un ensemble de pratiques et de modes de pensée visant à créer une production agricole soutenable, très économe en énergie et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques.

J’avais eu l’occasion de voir de près ce que donnait la permaculture en France en visitant le jardin de Joseph Chauffrey (il publie régulièrement sur Youtube) à Sotteville-lès-Rouen. Avec 25m², il a produit 300kg de fruits et légumes et a pu assurer une autonomie annuelle pour sa famille.

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Venir dans ma ferme-école en Thaïlande me permet de toucher à une pratique plus large de la permaculture. En effet, le lieu accueille en moyenne 10-15 personnes à nourrir 3 fois par jour, sans jamais rien acheter. Ainsi, dans ma ferme, il n’y a pas d’électricité venant du réseau. C’est un panneau solaire à peine plus grand qu’une feuille A3 qui alimente l’unique lampe des lieux et permet le chargement des téléphones portables.

La culture se fait à la main et le slogan des lieux est « lazy farm, happy farmer ».

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Le leitmotiv de mon permaculteur fou est qu’il faut penser le plus simplement et de la manière la plus pragmatique pour en faire le moins possible tout en assurant une production abondante.

Me voilà redevenue étudiante pendant 10 jours et je n’ai jamais été autant passionnée par la matière enseignée. Qui ne serait pas enthousiaste à l’idée d’être autonome en nourriture saine en n’en faisant le moins possible ?

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Hormis, l’étude des matières nécessaires pour monter ma propre ferme permaculture, j’apprends aussi à soigner des coups de machette malheureux (sève de bananier et siam leave). Non, ce n’est pas ma main..

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Bye Angkor, direction la Thaïlande

J’avais une vague idée du temps que je resterai à Siem Reap et je préparais mollement l’étape d’après, la Thaïlande. 1.000 idées d’activités, de chemins : trekking à Mae Hong Son, attaquer la Thaïlande par la côte ou directement Bangkok pour retrouver l’ambiance si particulière de Khao San Road, prendre le train pour descendre vers les îles paradisiaques, que je n’ai pas trimbalé l’encombrant masque de snorkeling pour rien quand même !

Complètement par hasard, j’ai regardé ce qui se passait dans ce pays dans le domaine de la permaculture. Il s’avère qu’un stage de 10 jours avec certification à la clé aurait lieu du 1er au 10 décembre à Thung Chang, ville frontalière du Laos. Le responsable des lieux, propriétaire, enseignant, permaculteur fou me disait dans nos échanges e-pistolaires que pour des questions d’hébergement, il valait mieux arriver avant le début du cours.

Argghhh, adieu les 3 jours de flânerie après les visites des temples, il me fallait partir au plus vite pour Bangkok, ajouter à cela 11-12h de bus pour arriver sur les lieux du stage. La boussole imprévisible (infernale oui !) s’était remise en marche.

Un rapide tour des comptoirs qui pullulent à Siem Reap et j’ai un billet pour Bangkok pour $13 (les autres voyageurs $15). C’est un point que je souhaite souligner dans l’achat des billets dans les comptoirs : quelque soit le prix que vous paierez, vous serez dans un rade chargé par plusieurs commanditaires de transporter leurs clients vers la destination, ce qui explique les différences de prix. Tant qu’à faire, personnellement, je fais en sorte de payer le moins cher avec négociation pour contrebalancer les payeurs faciles, qui sont un indicateur pour la fixation des prix. Ainsi, si jamais vous envisagez de faire un trip au gré des vents, adopter la même attitude permet d’être pris pour un voyageur averti (respect) plutôt qu’un pigeon (leur technique : proposer un discount + susciter la peur avec évocation de la rareté des places pour l’horaire choisi pour forcer le choix). Ne pas rentrer dans leur jeu permet de maintenir un rapport sain et un service de qualité.

Pour arriver à Bangkok à une heure raisonnable, 11h, ce sera un bus de nuit. Rdv dans le hall de ma guest house à 1h30 du matin. Le trajet jusqu’à la frontière a été tellement rapide que nous avons stationné durant 2h au contrôle frontalier, encore fermé. Un des voyageurs a dormi à même le sol du bus pour pouvoir étendre ses grandes jambes. On ne voit cela qu’en Asie..

A 6h, les passeurs nous laissent aux formalités de sortie du Cambodge et d’entrée de la Thailande. Durant ce temps, j’ai fait la connaissance de 3 jeunes voyageuses de 19 et 20 ans, Anglaises et Irlandaise. Elles font ce qu’on fait généralement dans les pays anglo-saxons après le bac : parcourir le monde. Cela fait 1 an qu’elles visitent l’Asie et l’Australie, où elles ont travaillé dans une ferme pour payer la suite du voyage.

Mon sac pèse 8kg avec une capacité de 40l, les leurs pesaient 20kg pour 100l. Je voyais les sangles de leurs sacs leur cisailler les épaules à chaque pas. Par curiosité, je leur ai demandé ce qu’il y avait dedans : machette ? ordi ? livres ?

– Oh no, just clothes!!

Arrivées à Bangkok, qu’elles ne connaissaient pas du tout et faute d’une information de logement fiable, elles m’ont suivie jusqu’à la guest house qui m’avait hébergée il y a 2 ans. Toujours là, rien n’avait bougé, pas même le prix à la nuit (200 bath = 5€) et le calme propre à cette rue pour se remettre du boucan de Bangkok. La sensation d’avoir été là hier sauf que beaucoup de choses avaient bougé entre temps. 1 jour de break avant de reprendre la route pour le nord.

Bangkok