La Floride, couleur des Caraïbes

En quittant la Nouvelle-Orléans, mon esprit était tourné vers l’urgence de rallier le plus vite possible Miami. J’étais attendue par un nouvel ami rencontré sur la route. Nous allions profiter de ma voiture pour nous rendre à Key West par cette fameuse route qui fend la mer.

Conduire entouré de ce bleu relève du rêve.

Une expérience à vivre absolument !

Une expérience à vivre absolument !

Avant d’arriver à ces explorations merveilleuses, j’avais une dernière portion de route à effectuer et disais adieu au bivouac nature pour celui dans la ville. Je quittais les zones rurales pour un Etat densément peuplé. Autant j’avais intégré les éléments pour dormir en sécurité dans la nature, autant la ville m’effrayait. Outre la peur de l’inconnu à surmonter, il me fallait trouver de nouveaux repères urbains pour dormir en paix, sans être importunée par la police ou d’hypothétiques malfaisants.

Chaque jour, ce n’était pas l’obsession de manger, de me laver ou faire ma lessive (avoir peu de vêtements implique une gestion au flux tendu) qui me hantait, c’était le lieu où j’arrêterai la voiture pour la nuit.

Généralement vers 17h, soit 1h30 avant le coucher du soleil, c’est le branle-bas de combat pour trouver le lieu pour la nuit. Scruter la carte pour trouver un parc ou un lieu naturel, s’y rendre et constater qu’il est en réfection. Vite trouver un autre spot comme cet autre parc au milieu de nulle part, rouler avec la lumière du jour qui décline mais le feeling ne passe pas. Repartir comme une damnée, jusqu’à trouver le bon lieu malgré la peur au ventre de l’obscurité qui cache les tueurs en série, les kidnappeurs et criminels poursuivis par Dexter (comment font les gens qui regardent des séries ou films anxiogènes ?). Mon imagination s’emballait parfois mais le sommeil sortait toujours gagnant.

Une seule fois, je fus réveillée en pleine nuit par une lumière éblouissante pointée vers mon visage. Dans un demi-sommeil, sans mes lunettes, je ne savais plus où j’étais. La réalité me rattrapait rapidement, un policier tenait le bout de la lampe torche. Il était tard et j’ai craint d’être vertement priée de déguerpir. Mais, d’une voix douce, il me demandait si j’allais bien. Le rideau, que j’avais improvisé avec une écharpe et un fil pour me protéger du lampadaire, avait attiré son attention. Cet élément fût enregistré pour les prochains bivouacs bancals dans la ville. Ne pas attirer le regard !

Ainsi, maintes fois depuis mon habitacle dans la pénombre, j’ai observé le bal de la nuit : des amoureux clandestins, des oiseaux ivres zizaguant au sortir des bars, des agents d’entretien, des agents de surveillance, des piétons tantôt nonchalants, d’autres aux pas pressés, la police qui sillonne inlassablement les rues.

Depuis le début de mon road trip, je désespérais faire une rencontre mémorable. Ce sera à Miami que je vais rencontrer 2 voyageurs au sang froid admirable.

En nous rendant à Key West avec Seo, nous les avons aperçus sur le bord opposé de la route avec leurs immenses sacs à dos, le pouce en l’air. Ils quittaient le paradis bleu pour revenir à Miami. Il était 16h, la nuit allait bientôt les cacher de la vue des automobilistes.

Réaliste sur leur chance d’être pris en stop, je dis à Seo que nous les prendrions si jamais ils étaient encore là à notre retour.

Key West est une minuscule ville située sur la pointe la plus au sud des Etats-Unis. Face à elle, c’est Cuba, à 90 miles. Bien que la ville était en plein spring break avec ses hordes de jeunes, elle paraissait idéale pour me reposer de mes 7h de conduite. Nous avons profité de la pause balade pour nous faire prendre en photo devant la pointe. Touristes !

florida3

La nuit, la pluie et le froid nous ont fait quitter Key West rapidement. Tout en conduisant, nous scrutions le bord de la route pour voir si les auto-stoppeurs seraient encore là. Personne. Ouf, ils ont été aidés par d’autres automobilistes. Seo et moi allions pouvoir arrêter notre surveillance. Tout d’un coup, 2 silhouettes dans la nuit, pouces à l’air, abritées de la pluie, d’immenses ballots au pied. Nos auto-stoppeurs !

Surpris par notre venue et sur la défensive, ils nous tombèrent dans les bras avec moult remerciements quand ils ont compris que nous étions venus pour les emmener hors de ce lieu. Molestés par la police, ils étaient devenus méfiant.

Calés avec leurs balots à l’arrière de la voiture, nous reprenons la route et écoutons leur incroyable histoire. Ils sont tous deux Japonais. L’un voyage depuis quelques mois, l’autre 5 ans. Ce dernier a vécu dans divers pays d’Amérique du sud où il a appris l’espagnol. Son ami l’a rejoint au Canada et ensemble, ils parcourent désormais les Etats-Unis, avec leurs maigres économies. Ils ont fait de l’auto-stop pendant 2 jours pour arriver à Key West, l’ont visité et maintenant espèrent continuer leur voyage en empruntant les trains de marchandise. Tout en conduisant, je me remémorais les rails entrevus dans différents lieux. Mon imagination vagabondait avec eux et la nuit. Nous marchions avec la précaution silencieuse propre aux clandestins, ouvrions avec espoir la porte d’un conteneur pour nous y glisser et nous y cacher comme des souris, vers une destination inconnue. Ma vie dans la voiture était du luxe comparé à leur périple. Ce soir là, nous avons rencontré des voyageurs hors normes, d’un autre temps.

Faute d’idées sur la manière d’organiser la suite de leur voyage, mes Japonais me demandent si je sais comment aller à l’aéroport de Miami. Là, ils pourront dormir sur les canapés, aller aux toilettes, se laver et avoir accès à internet. J’ai souri intérieurement en constatant que le monde était bien fait, mon logement étant situé à côté, je les déposerai avant de rentrer.

En les quittant avec de chaleureux embrassades propres aux compagnons de galère, Seo et moi avons statué que ces garçons nous avaient donné une grande leçon sur l’espoir. Ils avaient attendu toute la journée, personne pour s’arrêter, la police venue les rudoyer. Pourtant, ils n’avaient pas renoncé, n’importe qui aurait pu s’arrêter mais c’était nous et ce pour les déposer là où ils avaient besoin de se rendre.

Est-ce de la chance ? Est-ce de la magie ?

Ce soir là, en m’effondrant dans mon lit après 12h de conduite, j’ai compris que l’espoir est un signal plus puissant que la détresse.

New Orleans, la belle du sud

« Dédaigneux des chemins déjà frayés, trop longs, j’ai parcouru d’âpres monts, d’insidieux vallons »

Charles Cros en parlait déjà magnifiquement dans son poème Tsigane. Comme tant d’autres avant moi, nous endossons son costume au terme d’une réflexion personnelle sur le voyage qui va naturellement vers cette voie. Pour cette étape de mon voyage itinérant, j’ai néanmoins fait une entorse à la philosophie du tsigane. J’allais vers une destination ultra touristique des Etats-Unis et échangerai durant quelques jours ma solitude bienheureuse pour revivre la ville et côtoyer les autres. Pour Nola, diminutif affectueux de New Orleans, j’étais prête à ce sacrifice.

nola1

Yeah, plus que NYC à croquer !

New Orleans, c’est au plus près de nous l’ouragan Katrina de 2005 qui a ravagé la ville et la vie de ses habitants.

Si c’est arrivé à Nola, cela peut arriver à toutes les villes côtières dont NYC

New Orleans, c’est une ville dangereuse où 16 personnes se sont entretuées la semaine avant mon arrivée. La police doit être le premier employeur de la ville car ils recrutent sans cesse.

New Orleans, c’est Mardi gras, la fête la plus courue des Etats-Unis, comparable aux ferias de Nîmes pour son flot humain, l’alcool à gogo, musique jour et nuit puissance 1000, la folie qui s’empare des participants, que la police ou les secours retrouvent dans des situations improbables, les fanfares et enfin les sacro-saints colliers de perles colorées jetées sur la foule par les chars qui défilent.

La ville s’arrête le temps de Mardi gras ainsi que les guerres de gangs. En effet, cette ville, plus dangereuse que Detroit !, devient la plus sécuritaire des USA : police en uniforme, police en civil, hélicoptères, drones et renfort militaire à l’appui. C’est la fête !

Je me souviendrai toujours du ton sérieux et ahuri de mon interlocutrice quand elle m’a dit « tu te rends compte ?! 22 marshalls ont été envoyés pour couvrir le Mardi Gras 2016 ! Tu sais, ces types avec leur grand chapeau ». Le grand chapeau m’a fourvoyée, je voyais la Police montée canadienne avec canasson, grand chapeau et pantalon de cavalier bouffant. Ouuii du folklore !

Mais apparemment, les militaires qui débarquent dans une ville, ce n’est pas bon signe et les gangs font un break pour s’entre-tuer. Effet positif du Mardi gras non négligeable.

Ces aspects m’étaient totalement inconnus car je n’avais retenu que l’architecture d’inspiration française et espagnole de la ville. Ayant déjà visité par le passé diverses villes des Etats-Unis, aucune ville n’a pu soutenir la comparaison avec San Francisco. J’espérais que Nola relèverait le défi.

Et Nola l’a fait ! Grâce notamment à son passé flamboyant à l’empreinte toute européenne dont le noyau historique, un confetti sur la carte de la ville, est the French quarter.

Hors de cet oasis de culture, c’est le désert architectural et tristement américain. La déprime assurée pour qui aime capturer le beau.

nola2

C’est ce qu’on voit quand on sort du French quarter

Ce quartier m’a régalée pour son condensé de balcons richement décorés ou tout en sobriété, de demeures du passé et ses jardins à la française malgré mes yeux blasés et ma mémoire saturée de ces visions. Le contraste de leur existence au milieu du néant. Outre ces splendeurs du passé, les rues du French quarter regorgent aussi de boutiques d’antiquités chics ou de sucreries et autres babioles complètement touristiques, de bars-restaurants, d’une rue dédiée aux bas instincts avec les jeux, l’alcool et des salons pour pépés avec des sous où oeuvrent des donzelles aux formes appétissantes. Bourbon street, mon capitain, Bourbon street la chaude qui devient brûlante la nuit. Une des pensionnaires de mon auberge de jeunesse est revenue totalement choquée de sa visite.

Ce confetti coloré rassemble ce que j’ai pu rarement voir aux Etats-Unis : une rue animée, vivante, squattée par des piétons, des cyclistes, des artistes peintres, des poètes de rue, des saltimbanques, des musiciens. En terme de musique, il y avait de tout ! De la musique à toute heure du jour et de la nuit, 3 jeunes gens au coin de la rue, un jazz man sur le trottoir, un jazz band qui bloque le trafic et aucun klaxon. La rue résonnait d’une belle énergie créatrice.

nola13 nola15 nola16

Pour le jazz, il faut juste aller au bout du French quarter pour s’engouffrer dans le Frenchmen street. Achetez votre boisson et dégustez la. Le bar offre l’animation.

Bien sûr, je ne vous cacherais pas qu’il vaut mieux éviter de mesurer 1,50m pour déambuler dans les rues la nuit, les rues sont bondées de touristes. S’y mouvoir, c’est comme en boîte ou en festival de musique, faut jouer du coude. Mais ce n’est pas dangereux. Pas de coupe gorge, pas de violence dans cet oasis.

La seule violence a été de voir qu’il coûterait en gros 60$ par jour pour garer ma voiture dans le centre. Heureusement, le parking dans la rue était gratuit là où se situait mon auberge de jeunesse à 10 minutes de marche du French quarter, en toute sécurité.

Puisque j’étais de passage, il était tout à fait naturel que j’aille visiter une plantation. En roulant sur les routes de la Louisiane, les mots d’Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, de Racines d’Alex Haley et de Beloved de Toni Morrison (prix Nobel en littérature) emplissaient la voiture, les images se reformant au fur et à mesure que les bribes de ces 3 livres me revenaient en mémoire.

J’étais partagée car je n’ai pas oublié les horreurs décrits dans ces livres mais c’était une opportunité car je n’étais pas sûre de revenir ici un jour.

Chacun de ces livres m’offrait une perspective différente de ce que fut la vie des planteurs et de leurs esclaves.

J’avais le choix entre la plantation Oak Alley, qui en jetait c’est vrai et la plantation créole Laura, qui a le mérite de retracer l’histoire d’une famille de planteurs.

Oak Alley, Autant en emporte le vent, c’est clair !

Le choix s’est porté sur la plantation Laura, choix qui était aussi celui de mon nouvel ami rencontré à mon auberge.

Le fondateur de la ferme Laura était un Français un peu sanguin, envoyé à l’école militaire comme châtiment pour avoir tué le fils du meilleur ami de papa. En duel certes mais quand même !

Guillaume Duparc, fondateur de la plantation

Je suppute que son père ne lui a pas dit « Va, je ne te hais point » mais plutôt quelque chose comme « ils vont te remettre les idées en place à l’école militaire ! ». Toujours est-il qu’il a grave kiffé son école où il a pu devenir un brillant militaire maritime. Puis, il a fichu la pâté à une armada ennemie ou des pirates (fichue mémoire) et qu’en reconnaissance, le roi d’Espagne himself lui a donné des terres et un job de gouverneur.

La visite de la plantation Laura a donné vie aux mots d’Autant en emporte le vent par son souffle épique d’une histoire familiale, que Racines et Beloved ont décrit parfaitement le chemin de croix des esclaves, des noirs enlevés, capturés en Afrique puis vendus à des marchands d’humains dont des Français (Bordeaux, La Rochelle et Saint Malo faisaient partie du triangle d’or de la traite négrière => France, Afrique, USA) et de leur vie au sein d’une plantation. Ils décrivent avec précision la perte identitaire de ces êtres arrachés, violés, torturés, mutilés pour l’exemple pour certains (ceux qui s’évadent). L’un des membres de la famille avait de multiples relations avec des esclaves dont il était le père. Ses enfants métissés étaient des esclaves comme les autres. Point à la ligne.

Beloved a été probablement la plus insoutenable de mes lectures puisque l’héroïne, la mère, a tué sa fille pour qu’elle ne connaisse jamais la même vie.

Lorsque la guerre de Sécession s’est finie, les esclaves étaient libres et perdus à la fois. La perte identitaire, le déracinement, l’habitude d’une vie connue pour la majorité d’entre eux leur a fait préférer rester à la plantation Laura et continuer leur travail. Les anciens maîtres sont devenus leurs employeurs mais aussi bailleurs. J’étais une fois de plus dissipée lorsque le guide a donné le prix du bail mais il correspondait en grande partie au salaire perçu.

C’était une visite très intéressante et je ne peux que vous conseiller de prendre votre billet d’avion pour visiter Nola, les plantations, les coins environnants, c’est topissime !

Mon excursion dans la ville a été à la hauteur de mes attentes mais c’était avec joie que je suis retournée sur les routes et mes « million stars hotel ». Mon expérience de la vie avec les autres dans l’auberge n’a pas été particulièrement à mon goût.

La Floride m’attendait et elle me surprendra au-delà de mes espérances.

Road trip aux USA, le mode d’emploi

Cher lecteur,

Tu as ce rêve des grands espaces américains, des routes mythiques telles la route 66, du désert à perte de vue, des parcs nationaux aux séquoias immenses ? Ou peut-être as-tu envie de sortir des sentiers battus du tourisme de masse pour vivre l’aventure à ta manière ?

Internet regorge de blogs donnant à rêver avec des photos magnifiques à d’autres qui ont pour but d’être le plus utile aux lecteurs.  Aucun voyage n’étant semblable, j’ai ainsi piqué des idées par çi et là pour le faire à ma sauce.

Pour visiter à satiété ce territoire immense, à mon rythme, la location d’une voiture semblait la meilleure idée. La perspective d’aller dans des lieux isolés et magnifiques, d’y arriver et en repartir quand je le voulais a fait germer l’idée de transformer la voiture de location en mobil home avec tout le nécessaire pour cuisiner et y dormir.

C’est sur ces principes que j’ai organisé mon road trip aux Etats-Unis, dont voici quelques conseils tirés de mon expérience :

Louer une voiture

Pour louer une voiture, rien de plus simple. Encore et toujours Kayak ainsi que hotwire.com. Bien entendu, j’ai aussi vérifié sur le site web du loueur le moins cher désigné par le moteur. Bizarrement, il affichait toujours plus cher que le comparateur. Après des heures de simulation à faire fumer le processeur de mon ordinateur, c’est kayak.com qui remporté haut la main. Tadam !! (kayak est mon site de référence pour l’achat des billets d’avion à prix cassés. SVP mode anonyme quand vous l’utilisez).

Si vous vous posez des questions sur l’utilité du permis international, le permis français est amplement suffisant si le séjour est inférieur à 3 mois.

Plus la location est de longue durée, plus le prix est bas. Pour exemple, je ne paierai que 900$ pour 2 mois de location, auquel s’ajoute 360$ d’assurance. Pourquoi avoir payé une assurance à part alors qu’elle est incluse dans les assurances de ma Visa Premier ?

Tout simplement parce que je n’ai pu l’utiliser pour dépôt de garantie. Un détail tout bête mais qui a de son importance : Hertz n’accepte pas les cartes de débit.

Heureusement, le choix d’un assureur indépendant a eu lieu en amont. En effet, après lecture des conditions d’assurance de la Visa Premier, il s’avérait que les conditions étaient peu avantageuses, m’obligeant à l’avance des frais par exemple. Les relations familiales ont joué à fond et c’est le neveu du mari de la tante, assureur ayant pignon sur rue, qui me fait une proposition au top avec des conditions imbattables : pas d’avance des frais avec une franchise de 250$ pour tout dommage ou destruction totale de la voiture. Youhou !!!

Toujours est-il que ce matin de départ, il était trop tard pour faire la tournée des loueurs et trouver un qui me ferait la même offre de location que Hertz tout en acceptant ma carte de débit. Par ailleurs, le commercial se démenait pour trouver le meilleur prix avec des cadeaux comme le gps très bien pensé et le réservoir vide au retour. Finalement, la carte de crédit de la tante a été utilisée pour garantie afin que mon départ ne soit pas retardé.

roadtrip_moem

Une Yaris rentre dans la catégorie « economy ». En France, j’aurais eu une Panda.

La conduite aux USA

Elle est d’une simplicité enfantine. L’information vous saute aux yeux immédiatement. Les mots et les symboles sont d’une efficacité redoutable. Le conducteur français est surentraîné pour la conduite aux Etats-Unis.

L’essence dans tout ça ?

L’essence, c’est au gallon (4l). Les stations essences sont aussi nombreuses que les pharmacies en France. Même dans le coin le plus paumé, j’avais 3 stations essence comme choix. Avec des prix imbattables comparé à la France : 2,25 $ (en Californie) – 1,33 $ (en Louisiane).

Un plein oscille entre 12$ et 20$.. le road trip aux USA, c’est économique !

Communiquer et être joignable : comment acheter une carte SIM à prix discount

J’ai pensé naïvement que le supermarché du coin me fournirait aisément jusqu’au moment où la réalité du coût me fasse exploser ainsi : « What?!! 10$ for just a SIM card without credit, nothing?! »

Furieuse de constater une telle arnaque, mes doigts ont fondu sur le clavier pour taper eBay.com. Un clic, Paypal et 3 jours plus tard ma nouvelle carte SIM me fournirait en illimité téléphone (national), sms (national/international) et 4go de data en 4G, pour la modique somme de 8,90$ pendant un mois.

Comment faisions-nous avant le téléphone portable ? On galérait plus, c’est ma seule certitude. Dans mon cas, Google maps, propulsé en 4G, m’a sauvée plus d’une fois quand le GPS a trouvé ses limites, que j’avais besoin d’une information (« laundry near me » par exemple), d’un téléphone, de donner signe de vie à mes proches. Merci fée modernité.

Avoir de l’argent frais

Je n’avais pas anticipé que les stations-services refuseraient de manière aléatoire les cartes de débit, que payer en cash coûterait moins cher qu’en carte, que les arnaques à la carte de débit étaient monnaie courante. J’ai même été débitée d’1$ alors que la transaction à la pompe a échoué. Il vaut mieux avoir du cash.

Pour ce faire, suivez le conseil d’une locale pour en disposer n’importe où et éviter les frais de retrait au distributeur (3$ à 15$) : aller au supermarché (Walmart par ex.) et demander à avoir du cash en même temps que payer son Coca. La caissière fera apparaître ce retrait comme un achat. Privilégier les billets de 20 et plus petits.

Manger/cuisiner sur la route

Cette partie de mon voyage me tenait particulièrement à cœur. Je regrettais ma machette de Sahainan, si prompte à fendre du bois sec. Cuisiner au feu me manquait. Ma tante a immédiatement éclaté ma bulle rêveuse en me rappelant qu’il est interdit de faire du feu n’importe où et que j’avais mieux à faire que passer devant le Juge. La gazinière portable ferait office de feu. Pfff adieu machette, aventure, feu de bois au profit de la grosse Berta, qui chauffe néanmoins la casserole d’eau en 3 minutes. Merci grosse Berta.

roadtrip_moem2

Si vous n’avez pas de gazinière portable, sachez que les points barbecue des aires de pique-nique pullulent en Arizona et au Texas. Loin d’être cantonnées en bordure d’autoroutes, elles offrent parfois des points de vue magnifiques. Cette culture du barbecue se retrouve aussi en Californie, sur la plage par exemple.

 

Et la « gastronomie » américaine ? J’ai tenté quelques excursions dans la restauration américaine et le constat est désastreux. Rien n’a de goût, rien n’est bon pour ne pas dire dégueu. J’espère que vous pourrez vous en sortir. Pour l’heure, je cuisine ce que je mange et je fonds.

Se laver sur la route

Le choix du voyage itinérant avec dodo dans la voiture oblige à se poser la question de la douche. Il se trouve que tout est prévu pour que le routier et l’automobiliste puissent se doucher. Les stations essences géantes en bordure d’autoroute proposent pour la modique somme de 11$, une douche immense avec serviettes et savons. Ces douches sont systématiques nettoyées après usage et ouvertes 24h/7j.

 

Dormir dans la voiture

C’est la partie qui peut vous sembler la plus dingue. Oui, dormir dans la voiture pour s’immerger dans la beauté de la nature. Oui, pas de motel à la Psychose, au tarif exorbitant de 40$/nuit.

Ainsi, j’ai garé la voiture au milieu de nulle part, sur des parkings de stations essences, sur le parking d’un parc face à la mer, dans la rue à côté d’un bar disco. J’ai même été réveillée la lampe torche du policier venu s’assurer que j’allais bien avant de repartir.

J’ai un avantage sur vous, ô lecteur !, ma taille toute petite me permet de m’étendre presque totalement sur la banquette arrière. Je ne vous dirais pas que j’ai des nuits top confort, que mon dos ne me maudit pas certains matins..

sac de couchage de compet'

sac de couchage de compet’

mais mais voilà, je préfère souffrir un peu mais choisir le cadre dans lequel mon cœur serait submergé par la joie et laisser la lumière du matin inonder mon regard.

U.S.A., 15 ans après

15 ans, c’est le nombre d’années qui se sont écoulées depuis ma dernière visite.

Mes souvenirs restaient figés sur San Francisco. Ma destination serait toute autre, la banlieue côtière de Los Angeles, où vit désormais la majeure partie de ma famille paternelle. Mes grands-parents ne sont pas éternels et la visite devenait plus que pressante.

Ce matin de départ de Tokyo, mon esprit était surtout tendu vers le moment du check-in. Selon les blogs de voyage, les USA contrôlent l’entrée de leur territoire en amont. Le ouï-dire est qu’il faut présenter un billet d’avion de sortie du territoire américain pour monter dans l’avion. Lorsque l’hôtesse de l’air m’a demandé mon billet d’avion de sortie, j’ai remercié les blogs ! Egalement soulagée que le fruit de mon travail de dimanche n’ait pas été vain, malgré l’interruption due à la pensionnaire dingo.

Un véritable interrogatoire s’engageait avec l’hôtesse mais j’étais rodée. Lors de mon départ du Viêt-Nam, j’ai eu droit au même interrogatoire de la part de l’hôtesse vietnamienne.

Voyageurs, sachez que les pays comme le Japon et les Etats-Unis contrôlent en amont l’entrée des étrangers sur leur territoire. Prenez vos précautions pour éviter d’avoir à acheter un billet à l’arrach’ à l’aéroport.

Arrivée aux USA, après 15h d’avion, la fatigue, le froid, la tristesse de quitter l’Asie, le blues des amis dispersés un peu partout autour du monde et la famille laissée en France, mon état nerveux était à fleur de peau lorsque les forces de l’ordre ont montré les crocs d’emblée aux étrangers qui passaient le contrôle d’entrée.

Ce fût un moment désagréable que d’avoir à répondre plusieurs fois aux mêmes questions posées par différents intervenants, de manière suspicieuse : quelle est la raison de son séjour aux Etats-Unis ? Combien de temps allais-je rester ? Où se trouve mon hôtel ? Quelle est l’adresse de ma famille ? Combien de sous ai-je sur moi ?

A cette dernière question, j’ai failli répondre « même pas de quoi acheter un café au Starbucks ».. A leur mine tendue, ce n’était pas le moment de faire de l’humour.

J’ai joué le jeu mais mentalement je commençais à raccourcir drastiquement la durée de mon séjour aux Etats-Unis au vu de l’atmosphère étouffante à l’aéroport de Dallas.

L’espoir que les futurs contacts avec les Américains serait d’un autre ordre. En effet, mes souvenirs de contact remontaient à 2001. L’état d’esprit de ce pays avait sûrement changé entre état d’urgence dû aux attentats, crises financières, sur fond persistant de tensions communautaires et le politiquement correct, fléau sociétal.

Mes contacts entre 1998 et 2001, toute population confondue avait lieu dans l’espace public ou dans les transports en commun, au grand dam de ma famille. D’ailleurs, le souvenir le plus mémorable a été une nuit à Minneapolis, à attendre le bus. Dans la nuit, je ne voyais que ses dents étincelantes. Puis sa question avec une voix joviale « Do you want to marry me? » « Arghhhhh, taxii !!! »

Bref, hormis quelques demandes en mariage qui n’avaient de mariage que le nom, le contact avec les Américains était très positif : faciles d’approche, extrêmement aimables, prêts à aider une pauvre touriste perdue, candides et toujours surpris d’entendre une Asiatique leur dire « I’m French » avant de dégainer leur « Bonjour, Olalala, Au revoir ».

Ayant déjà fait la visite de Los Angeles et des attractions rattachées, mon temps a été partagé avec la famille, les balades en bordure de plage à vélo et la préparation de mon voyage solo aux USA.

Cruiser des plages. Ce type de vélo n'existe qu'aux USA

Cruiser des plages. Ce type de vélo n’existe qu’aux USA

Pour se rendre à la plage, il me fallait invariablement 4h aller/retour. Ce sera un point décisif qui me fera pencher pour me déplacer autrement qu’en transport en commun. Ne pas avoir de voiture personnelle est une véritable galère dans ce pays.

Galère à laquelle j’ai goûté en ce premier jour de « je vais à la plage en transport en commun » !

Imaginez-moi, à l’arrêt de bus avec mon beau vélo, excitée par la perspective du bleu océan et du sable fin, à attendre dans le mauvais sens. Finalement, j’ai été prise en charge par un chauffeur de bus, qui ne me fait pas payer le trajet faute de sous sonnants et trébuchants et me dépose à la bonne correspondance.

Après 1h d’attente à la correspondance, le bus pour la plage est arrivé avec les racks vélos pleins. Maria m’avait vue faire cette tête lorsque son bus s’est arrêté à ma hauteur.

Nooo.. je veux aller à la plage !

Nooo.. je veux aller à la plage !

puis cette tête sans le vouloir car elle a eu pitié de moi et m’ouvrit les portes de derrière.

irvine7

Je peux monter quand même ?

Aux USA, on ne rigole pas avec les règles et Maria était en train d’enfreindre le règlement. Je l’ai chaleureusement remerciée en espagnol, à son grand étonnement d’entendre une Asiatique parler espagnol avec un accent français.

A la faveur d’une descente, la mer s’est découverte. Bleue, scintillante, lumineuse. Il y a des spectacles qui font chanter mon âme et la vue de la mer en faisait partie.

irvine2

Tous les jours de beau temps, j’ai ainsi pris le vélo et malgré les 4h de bus, j’ai vécu le Californian way of life en flânant, en mangeant des hamburgers si gras que j’ai dû éponger le steak pour enlever l’huile.

irvine4irvine5

Le temps s’est arrêté puis s’est accéléré lorsque la réalité m’a rattrapée : j’étais attendue fin février à Miami. Fini la dolce vita au sein de ma famille.

Prendre le bus pour aller de la Californie à Miami était si peu glamour que louer une voiture devenait ma seule obsession. Les serveurs de kayak.com et hotwire.com ont dû être noyés par mes requêtes à toute heure du jour et de la nuit.

Mais le résultat était là, lorsque j’ai roulé entourée de paysages à couper le souffle pour leur immensité, que je me suis endormie dans mes « million stars » hotel pour me réveiller entourée de nature et de couleurs pastel.

Le vent de la liberté absolue soufflait dans mes cheveux et cela n’avait aucun prix.

Tokyo, suite et fin

Ma première journée a été dense et en ce samedi ensoleillé, mon agenda ne présentait qu’un seul impératif, mon dîner avec une couchsurfeuse tokyoïte contactée quelques jours avant mon arrivée.

De manière générale, il est très aisé de nouer le contact et d’échanger en Asie du Sud-Est. Bien sûr, la barrière de la langue demeure le frein principal mais avec des dessins, une gestuelle des mains et des sons du genre « hummmm » en mangeant une soupe topissime (ou pour faire plaisir à la mamie derrière les fourneaux) font passer le message.

Mes diverses rencontres avec des Japonais sur plusieurs décennies et en divers endroits du monde (Barcelone, Paris, Asie) m’ont présagé un séjour un peu ardu sur la communication et même le contact. Ils ne sont pas très anglophones et d’une timidité touchante. Comme le mimosa pudica, ils se referment doucement lorsqu’on les aborde et s’ouvrent quand ils constatent qu’il n’y a rien à craindre. Ce fût donc le cas. Aucune rencontre fortuite avec un Japonais pour échanger lors de l’intégralité de mon séjour.

Durant cette journée, les déambulations étatiques ont continué, sans but, sans attente mais toujours cette agréable surprise de baigner dans l’art graphique et figuratif japonais : tradition, images du passé et culture manga.

Rideau métallique d'une boutique d'Asakusa

Rideau métallique d’une boutique d’Asakusa

Dans le métro

Dans le métro

Le soir venu, c’est autour d’une table richement garnie que j’ai fait la connaissance de ma couchsurfeuse, dont le hobby est la chasse des restaurants de qualité à prix d’amis. Enfin, j’approche une cuisine digne de ce nom et surtout du poisson frais et finement préparé.

tokyo_fin5

D’ailleurs, le poisson découpé pour préparer les sushis et sashimis est utilisé jusqu’à l’arête, servie frite. Un régal !

Le plus intéressant était surtout la diversité des invités autour de la table, un couple de Néo-zélandais qui monte des voyages sur mesure au Japon pour touristes exigeants, ma couchsurfeuse pimpante quarantenaire et fin gourmet, une autre convive de 23 ans qui a déjà fait le tour du monde et un retraité qui a vécu très longtemps en Europe pour développer le rayonnement d’un grand fabriquant d’électronique japonais.

L’alcool a coulé à flot et les convives joyeux ont échangé longuement sur les jolies villes du Japon à explorer, ces lieux cachés des sentiers battus et très prisés par les aventuriers. Ce n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde, comme la carte de visite du couple ou celle de mon retraité très alerte.

Surprise, j’entends mon couple de néo-zélandais faire le rapprochement entre mon âge et la période des boat people vietnamiens. La Nouvelle-Zélande a aussi fait partie des pays d’accueil de la diaspora vietnamienne, fuyant le régime de terreur post-guerre. Communauté qui a trouvé son essor et mène une vie florissante dans leur pays d’accueil.

Le dîner s’est prolongé dans un bar irlandais en plein Shibuya. Je voyais mes connaissances du soir continuer à descendre les bouteilles de vin, importé de Nouvelle-Zélande d’ailleurs (le bon vin français n’est pas abordable au Japon), et perdre l’équilibre sur leurs tabourets hauts. Ma couchsurfeuse en état d’ébriété avancé m’a expliqué que l’alcool faisait partie de la culture japonaise, que les femmes au même titre que les hommes étaient de grands buveurs. Elle a été étonnée de savoir qu’il est vu d’un très mauvais œil au Viêt-Nam que les femmes s’adonnent à l’alcool ou à la cigarette, qu’on soit dans les grandes villes ou perdue dans la campagne profonde. La femme japonaise des villes s’inscrit donc dans la culture occidentale où elle peut se jouer des carcans de l’éducation traditionnelle asiatique.

Les bouteilles vidées, nous nous sommes salués et je suis retournée à l’hôtel, empestant la fumée de cigarettes du restaurant et du bar. Heureusement, l’hôtel dispose de machines à laver et de sèche-linge. Pendant que mon linge tournait, je faisais la mariole dans mon uniforme Prison break @Tokyo devant les miroirs de la salle de bain

tokyo_fin6

ou dans le lounge avec ses prises électriques, bouilloire et micro-ondes à notre disposition. Comme vous pouvez le constater sur l’image ci-dessous, il y a une caméra au plafond.

tokyo_fin7

Cette caméra a été bien utile le lendemain lors de mon repos post-visites. J’étais attablée, écouteurs aux oreilles, à travailler sur mon ordi, aucun bruit, la pratique dans mon hôtel. Nous sommes telles des ombres, à marcher silencieusement, à murmurer, à nous rendre discret le plus possible, un vrai monastère (j’ai déjà l’habit !). Souvent seule à cette place, ce soir là, il y avait du monde dans le lounge : 3 personnes, dont bibi.

Coupée du monde par la musique, je percevais néanmoins qu’une des 2 autres femmes présentes était particulièrement mobile, se déplaçant de chaise en chaise. C’était étrange mais pas dérangeant. Puis, j’ai senti qu’elle bougeait. Un coup d’œil discret par prudence pour constater qu’elle se tenait debout, parlait seule, les yeux dans le vague, le corps replié sur elle-même. Cela a duré un certain temps. J’ai même pensé que c’était la caméra cachée. J’étais amusée et sereine, ce d’autant plus que je constatais la présence du personnel de l’hôtel, une employée passant de temps en temps pour vérifier le niveau de la bouilloire ou celui de l’humidificateur d’air.

Le Requiem de Mozart attaquait un moment assez solennel quand tout d’un coup, j’entendis un hurlement long comme l’éternité au travers de mes écouteurs. Devant moi, mes yeux écarquillés par l’invraisemblance de la situation, la jeune femme prenait sa tête entre ses mains crispées. Sa bouche grande ouverte crachait son hurlement qui se mélangeait au chœur sacré. Mes mains s’accrochaient aux accoudoirs de la chaise comme si son hurlement était une rafale de vent. En slow motion, je revois l’employée dans son uniforme prison break vert ouvrir la porte en panique et la folle prendre la sortie.

Mon cœur avait fait un bond de capri et le rythme cardiaque était en dent de scie. Toute tremblante, je sors de la pièce accompagnée de l’employée, qui était encore plus mal que moi. Elle m’explique entre 2 sanglots réprimés qu’elle est la seule employée restante (23h à ma montre), que la caméra lui avait permis de constater le comportement de la pensionnaire et la surveiller. Son manager était présent mais sans grande aide, les hommes ne pouvant entrer dans les étages réservés aux femmes. Elle me propose une capsule dans un autre étage pour ne plus la croiser. L’idée de déménager mes affaires m’a fait refuser sa proposition. Je n’ai jamais connu une telle situation mais je sais que je peux gérer. Je m’imaginais lui mettre un coup de G-shock (ma montre indestructible) pour qu’elle me laisse faire dodo tranquillement. Non mais !

Riant sous cape de cette idée farfelue, je me suis endormie dans ma capsule juchée en hauteur. Mon sommeil n’a pas duré longtemps, ma capsule résonnait de chocs ! Arghh, tremblement de terre ?!! Rien ne bougeait pourtant. Non, c’était des coups et une voix dans la nuit, celle la folle.. J’ai sorti ma tête de la capsule et ai constaté que toutes les capsules alentour étaient vides et que celle d’en dessous était éclairée derrière l’épais rideau. Comme dans les films, j’ai revu la scène où la jeune employée proposait de me changer de capsule. De guerre lasse, je ne suis pas allée lui mettre un coup de G-shock pour l’endormir. Silencieusement pour ne pas éveiller le dragon, j’ai utilisé les rembarres d’accès en hauteur et les taquets pour fuir le plus loin possible cette énervée du ciboulot. J’ai ainsi pu finir sereinement ma nuit, en entendant au loin résonner ses coups contre les parois de la capsule.

C’est sur cette dernière anecdote que je finis mon récit du passage éclair au Japon.

Mon contact a été positif avec Tokyo, ses habitants sont à découvrir malgré des dehors sévères et froids. Les Japonais sont en général doux dans leur approche à l’autre comme les Thaïlandais. Il y a des pays où je n’ai pas plaisir à aller et d’autres qui sont des « chez moi » temporaires.

Le Japon, un pays merveilleux que j’explorerai dans un futur que j’espère proche et surtout printanier ou estival.

Asakusa, ensoleillé, enneigé, pour clap de fin.

Asakusa, ensoleillé, enneigé, pour clap de fin.

 

Kotyo en 4 jours ! Partie I

Après une arrivée rock&roll et une nuit reposante dans une capsule, le premier de mes 4 jours dans la capitale du Japon a été consacrée à la découverte à pied de la ville.

D’habitude, j’aurais rempli mon planning des 4 jours de lieux incontournables, de musées, de restaurants, de bars mais je n’arrive plus à me forcer à pratiquer ce genre de tourisme. Mes baskets fouleraient le bitume de Tokyo au gré des envies. La chance était avec moi ce jour ainsi que les suivants : plein soleil. Exit musées et lieux clos.

Depuis peu, ma manière de voyager a changé radicalement. Ce que j’ai pu faire ou aimé n’est plus mon goût. Ce n’est plus important de ne pas aller voir le truc incontournable ou de ne pas avoir la photo trophée. J’ai juste envie de marcher à mon rythme, d’avoir la surprise d’un lieu qui me correspond ou d’une rencontre fortuite entre un local et une voyageuse, de contempler la vie des autres parce que la mienne s’inscrit nulle part.

Avant d’arriver à cette plénitude du moment présent, des détails techniques s’imposaient :

1. La fonction maps de mon Nokia ne me sera d’aucune aide pour cette étape. Il me fallait revenir à la bonne vieille carte fournie par l’office de tourisme à l’aéroport. Tokyo réserve un accueil de grande classe à ses touristes, dès leur arrivée à l’aéroport : mise à disposition de 2 comptoirs avec brochures et cartes ainsi que des hôtesses attentives pour orienter, réserver hôtel ou fournir des cartes sim. Dans toutes les stations de métro de Tokyo, cartes de la ville et plans de métro sont en libre service ainsi que de nombreux agents du métro, en contact direct avec les voyageurs. Nombreux, polis, serviables, leur uniforme (avec un grand penchant pour le style militaire) inspire le respect. Impossible d’être perdu avec un tel dispositif !

2. Je n’avais que des vêtements légers de voyageurs en zone tropicale. J’ai ainsi expérimenté à mon tour la technique des voyageurs au long cours, dite de l’oignon ou « multiple layers » : 2 couches de pantalon, 3 couches de t-shirts, doudoune (merci Winston babe) et un coupe-vent. J’ai ainsi représenté fièrement la France en bibendum bleu et baskets rouges. Que St Karl, patron de la haute couture fraaançaise, me pardonne !

Partie sans préjugés avec néanmoins la voix d’une amie globe trotteuse me répétant « Tu verras, Tokyo, ce sont des robots qui marchent d’un pas saccadé dans la rue, habillés de la même manière, noir et gris ».

tokyo

On n’est pas loin de la réalité du propos. J’ai eu parfois l’impression d’être revenue dans les quartiers d’affaires occidentaux.

Pour visiter la ville, j’ai pensé emprunter le métro pour me rendre dans les spots touristiques.

Merci la RATP tokyoïte

Merci la RATP tokyoïte !

Mais il était tôt et l’idée de me frotter à la vie urbaine ultra connectée, avec cette image de la foule en délire, comme dans les couloirs de la Défense ou d’Auber à l’heure de pointe, m’a fait déguerpir. Le contact rapproché avec les travailleurs du matin sera reporté à une prochaine fois.

Le Palais impérial était à côté de mon hôtel selon ma carte. J’ai ainsi traversé des blocs dont je ne voyais pas le bout, des avenues gigantesques bordées par des 4/6 voies, des parcs traditionnels, des magasins modernes jouxtant des boutiques de style traditionnel.

Un rappel à la réalité du pays : les tremblements de terre

Le béton et les nombreux parcs cohabitent. Dans celui-ci, on peut jouer au tennis. Pile en bas du travail.

Le béton et les nombreux parcs cohabitent. Dans celui-ci, on peut jouer au tennis. Pile en bas du travail.

Skywalks pour aller de building en building en restant protégé du climat. C’est courant aux US.

Arrivée là, le panneau « Palais impérial – Fermé » a guillotiné mes envies touristiques. Pas assez informée, pas assez bossé sur les visites. En revanche, les passagers des 3 bus venant de se garer à côté étaient, eux !, mieux informés que moi. A peine descendus, ils se sont rués vers un point de l’enceinte extérieure. Je me précipite dans leur sillage, pleine d’espoir de voir un événement insolite ou un ouvrage architectural dingue .. Ils venaient pour se faire prendre en photo devant le portail fermé, les lampadaires ouvragés, le pont métallique au loin et un bout du palais impérial.

tokyo5

La perche à selfie est en panne :D

Constatant que je ne pouvais pas compter sur les touristes, je suis partie me restaurer pour noyer ma déception.

Un de mes frères m’avait dit « où que tu ailles, c’est bon et pas cher ». Fort de ce conseil, j’ai choisi une gargote qui ne payait pas de mine, à côté des rails aériens du métro, coincé entre un resto italien et un bar à bière. Première surprise, à peine entrée dans le restaurant, je suis accueillie par le salut des serveurs, des cuistots, tout le personnel quoi ! L’avenante serveuse m’amène vers le fond du restaurant et à la forte odeur de la cigarette, je m’arrête immédiatement et lui demande « non smoking area please » avec un sourire crispé. Arghhh, le cauchemar de la France avant 2008 serait ma réalité pendant 4 jours.

Passé cette découverte désagréable vite oubliée, j’ai souhaité tester un plat dont je connais le goût français et faire le test comparatif. Wow, je suis au JAPAN!!, mère patrie du japanese curry, le goût serait LE vrai, l’original, surtout qu’il est écrit sur la carte « home made curry ». C’était la fête et m’en léchais d’avance les babines !

tokyo7

Katsu (poulet) curry et son oeuf mollet

Verdict : c’était bon, frais, le riz typiquement japonais (gros grain rond, fondant et parfumé en bouche) mais mes papilles n’ont pas fait waouuh. Mon alimentation essentiellement végétarienne et fruitière pendant mes 2 mois en Asie du SE a dû altérer mon goût.

Néanmoins, le repas a eu pour vertu de me réchauffer pour continuer les déambulations jusqu’à Ueno, un quartier de restaurants bon marché, de salles de pachinko, de jeux pour adultes entre adultes, de musées, de boutiques de vêtements, de souvenirs, d’alimentation allant des fruits frais aux poissons séchés sous vide.

Attraper le plus de billes possibles pour les convertir en cadeaux. C'était noir de monde, sur fond de musiques techno, de billes métalliques et de bande son de jeux d'arcade. Assourdissant !

Salle de pachinko : attraper le plus de billes possibles pour les convertir en cadeaux. C’était noir de monde, sur fond de musiques techno, de billes métalliques et de bande son de jeux d’arcade. Assourdissant !

C’est au détour d’une des rues que la première surprise de la journée est apparue : entendre parler vietnamien. Deux jeunes hommes, emmitouflés chaudement pour rabattre durant des heures les clients vers leur restaurant. Je me suis approchée d’eux, ils me saluèrent en japonais et entendirent ma réponse en vietnamien. La tête qu’ils ont fait ! Passé la surprise, nous avons ri de ma tête de non-vietnamienne et de ce point commun d’être des étrangers dans un pays si différent du nôtre.

L’un d’entre eux me propose de me faire visiter le quartier puis d’aller manger des sushis. Proposition acceptée avec joie !

Au cours du repas, il m’apprend qu’il est étudiant, comme beaucoup de jeunes vietnamiens, qu’il vit à Tokyo depuis 3 ans et qu’il cumule études et 2 jobs pour subsister. Je crois comprendre qu’il n’a qu’une demi-journée de libre par semaine pour souffler. Madre de dios !

J’en profite pour lui demander son avis sur le lieu où je pourrais me rendre pour revivre un peu la nuit tokyoïte comme dans le film « Lost in translation » de Sofia Coppola. Il me conseille vivement Shinjuku, le quartier où ça pulse de jour comme de nuit. Non content de m’inviter au restaurant, il m’emmène à la station de métro !

tokyo9

La générosité à l’égard des voyageurs me surprendra et me touchera toujours autant. Ils me souhaitent un bon voyage avant de s’engouffrer dans leur rame.

Cette journée finalement très dense s’est terminée sur cette dernière image de Tokyo la nuit. Shinjuku, avec ses boutiques, ses bars, ses touristes, une marée humaine joyeuse et amicale, aura été une fois de plus photographié par une touriste.

tokyo10 tokyo11

 

Tokyo, pont entre Asie et occident

Tokyo a été un caprice sur ma feuille de route. Je suis la seule de la fratrie à n’y avoir jamais été. Mes frères l’ont visité plusieurs fois et ne m’en ont dit que du bien. La tentation a été donc forte pour que j’y fasse un saut de puce entre l’Asie du sud-est et les Etats-Unis.

Réaliste sur ma résistance, quasi nulle, aux températures hivernales de Tokyo, j’ai décidé de n’y rester que 5 jours. Et j’ai bien fait. La veille de quitter Tokyo, il a neigé toute la nuit et la pluie glacée du matin a gentiment transformé le manteau neigeux en gadoue, gadoue qui s’est engouffrée dans mes baskets, à peine sortie de l’hôtel. La journée allait être longue.

Avez-vous déjà marché avec des chaussettes mouillées d’une eau tellement glacée que vous avez l’impression que des milliers petits aiguillons vous piquent les pieds à chaque pas, que la sensation au pied est interprétée comme une brûlure froide par votre crâne qui a mal d’ailleurs ?

Avant d’arriver à ce moment joyeux de mon séjour, je vous raconte mon arrivée un peu (encore) à l’arrach’ dans la capitale du Japon.

Ma préparation pour le séjour à Tokyo a été très légère et j’en avais conscience. Quelques recherches de logement avaient été effectuées en amont mais sans motivation aucune. Je verrai bien sur place.

Me voilà là, dans l’aéroport avec mon énorme sac à dos au pied, mon ukulélé, un peu sonnée par le froid, regardant la nuit au dehors. Aucun logement en tête. Aucune destination précise. Une fois de plus.

C’est avec optimisme (ou naïveté) que je me retrouve à surfer sur les booking, hostelworld, sur mon vieux et vaillant smartphone à l’écran de la taille d’un timbre poste. Durant cette recherche aux résultats insatisfaisants, j’ai maudit mon côté aventurière ! Le froid extérieur m’a pressée de trouver un lieu chaud où me réfugier pour la nuit avant d’abandonner la chaleur de l’aéroport. L’idée d’y dormir m’a traversé l’esprit mais c’est carrément moins glamour que Tampang beach à Ko Sichang.

En règle générale, quand quelque chose ne fonctionne pas, il ne faut pas s’acharner. Cela faisait 1h30 que j’avais atterri et le moment de l’action était venu. Direction le comptoir pour le shuttle aéroport <->Tokyo.

Si j’avais été à Bangkok, Saigon ou n’importe quelle autre capitale ou ville de l’Asie du SE, je n’aurais eu que 5 pas à faire et mille choix s’offraient. Tokyo, c’est comme Paris, Londres ou n’importe quelle ville d’occident, le logement, ça ne se trouve pas comme ça !

Au terme d’une heure de trajet, le bus a déposé tous les passagers à Tokyo station, point central de la ville, spot des boutiques de luxe cachées derrière des façades raides. Les rues étaient immenses, froides et désertes. Quelques voitures passaient rapidement, de rares passants. J’ai erré dans les rues alentours, cherchant le maximum de spots lumineux et espérer voir des mots « hotel », « vacancy », « rooms ». Rien, nada, il n’y avait que des visions de ça :

photographe Masashi Makui

Heureusement, au détour d’une rue, le Starbucks allait me sauver du froid et du poids du sac à dos. Pour en avoir souvent discuté avec d’autres voyageurs sur ma route, quand acculé, on devient plus lucide sur ce qu’on souhaite et on fait des concessions. J’étais butée sur le chiche! mais mes mains glacées entourant la tasse de thé m’ont rappelé que ce n’était pas réaliste et qu’il fallait s’avouer vaincue. Le reste a été facile, un site internet, 3 critères remplis et mon hôtel était trouvé, une capsule hôtel, à 400m, dans le quartier central et chic de Tokyo/Nihombashi (équivalent d’Opéra/Tuileries) pour 33 euros.

Long couloir menant à sa capsule. Dortoir non mixte.

Intérieur d’une capsule.

Toute heureuse d’avoir réservé ma chambre, il me fallait désormais m’y rendre sans l’aide du téléphone, la carte du Japon est indisponible comme la connection 3G. Bien sûr, je me suis perdue et bien sûr j’ai trouvé un gentil Japonais pour m’aider, jusqu’à m’accompagner devant l’hôtel.

Je m’en suis sortie une fois de plus, avec pour confirmation que quand ça doit marcher, ça marche. Définir au préalable les bons critères est essentiel. Ma prochaine étape étant les Etats-Unis, je vais revoir ma manière de voyager.

Observer, s’adapter, apprendre. Le moteur de mes voyages.

10.000 yens – 6 jours à Tokyo

Lors de la rédaction de ce chiche!, j’étais pleine d’optimisme quant à la réussite de mon défi.

J’imaginais que ce serait facile de trouver des couchsurfeurs japonais prêts à héberger une inconnue, que Tokyo était une ville à taille humaine comme Paris, qu’il y faisait doux même si c’est l’hiver, que la nourriture serait abondante et riche comme en Asie du Sud-Est.

La réalité a été toute autre.

Les couchsurfeurs tokyoïtes sont inondés de demande et je n’avais pas envie de perdre ma liberté de mouvement. La question de l’hébergement a été vite réglée, l’hôtel serait ce qui me conviendrait le mieux. J’ai ainsi dépensé 21.000 yen à ce poste.

Tokyo est une ville très étendue, Paris paraît un confetti comparé à la capitale du Japon. Acheter un pass transport pour le métro a été indispensable. 2.100 yen ont été utilisés pour me déplacer durant ces 5 jours.

japon4

J’étais partie avec un froid raisonnable d’automne donc habillée en conséquence. Mes vêtements taillés pour voyager dans les tropiques n’étaient pas suffisants face à l’hiver japonais. Ainsi, j’ai retrouvé ce froid si familier, l’humidité qui l’accompagne, la grisaille du ciel accentuée par la couleur du béton urbain. Un retour à Paris sauf que l’architecture de la ville était un mix entre les grandes villes américaines et le Japon des mangas avec ses demeures imposantes, palais impérial ou gargotes où on s’engouffre pour manger.

japon3

japon5

Pour ne pas alourdir mon sac à dos, j’ai juste acheté des chaussettes plus chaudes et des protèges bras, une couche supplémentaire. 1.000 yen ont seulement été nécessaires.

En Asie du SE, se gaver de fruits exotiques est une chose simple : partout des vendeurs coupant à la demande ou vendant des sachets prêts à manger. A Tokyo, j’étais revenue à la vie occidentale, c’est l’hiver, c’est la diète des fruits exotiques ! Beaucoup de restaurants donc. Je n’ai pas compté.. 😀

japon6

La somme de ces facteurs réunis, le défi n’était pas tenable, ce d’autant plus que le billet de 10.000 yen a été consumé dans les 5h qui ont suivi mon arrivée : shuttle aéroport pour arriver au centre ville, un pass transport 3 jours, le starbucks et son accès wifi pour trouver mon hôtel et la première nuit dans le chic quartier de Tokyo station : 7.650 yen.

japon2

Perdu pour perdu, je n’ai plus compté et ai dépensé en total 49.000 yen, soit 410 euros, lors de mes 5 jours dans la capitale japonaise, ce qui est été extrêmement peu.

* * *

Tokyo est une des villes les plus chères au monde. J’ai dans ma besace ce beau billet de 10.000 yens (75€) et j’ai envie de voir si je peux m’en sortir avec durant les 6 jours de mon passage dans cette ville.

japon

Le premier poste de dépense sera l’hébergement. Mais grâce à ce blog de voyage, a contresens, j’ai un aperçu de ce qui s’offre à moi : capsule, cybercafé, canapé ?

Me restera-t-il de quoi m’alimenter, me déplacer, acheter un gadget ?

Allez, chiche !

La suite, vous le saurez à l’issue de mon séjour, du 14 janvier au 19 janvier !

Ko Sichang, ma dolce vita thaï

Après 26 jours dans la fraîcheur de Sahainan, j’ai repris mon sac à dos sichang pour profiter de mes derniers jours en Thaïlande.

Les paradisiaques Ko Phi phi – Ko Pha Ngan ont été oubliées (17h de transport) au profit de Ko Sichang, île méconnue des circuits touristiques, mais à 2h de Bangkok.

Pour s’y rendre, il a fallu passer quelques heures sur google et travelfish, précieuse source d’information pour voyager en Asie.

Dans la mesure où je ne devais y rester que 6 jours, que l’essentiel de mes activités allait se réduire à aller faire du snorkeling, j’ai mis quelques affaires dans un sac Spar et suis partie. N.B. : pratique courante à Bangkok, les guesthouses gardent les sacs à dos encombrants des voyageurs pour 10 bath/jour (soit 25 cts).

Mon amie Lynn, rencontrée sur les bancs de la ferme-école, m’a chargée de dégoter une maison calme, avec cuisine et environnement sympa.. Malheureusement, je suis arrivée sur place 2h avant la tombée de la nuit et les logements étaient loin du port !

Ne trouvant rien, j’ai erré dans les alentours jusqu’à ce qu’une moto taxi me transporte jusqu’à LA plage de Ko Sichang, là où je comptais faire du snorkeling. J’ai demandé au chauffeur si il y avait beaucoup de locations disponibles et il me répond « oh no, it is full now, holidays! ». Douche froide.

Mon chauffeur comprend que je suis dans la galère et il me dit en rigolant que je pouvais dormir sur la plage.

Mon cerveau a rapidement calculé les paramètres mélangeant la peur de me faire agresser (peur inutile car l’île est tellement petite que tout se sait), le froid de la nuit, la marée montante, l’excitation de dormir à la belle étoile et le désir très fort de sortir de ma zone de confort. J’ai décidé d’être aventurière et de dormir sur la plage.

sichang2

Comme appris lors de mon séjour à la ferme-école, il fallait observer son environnement et utiliser les éléments à disposition.

Un gros rocher qui me cache de la vue d’éventuels agresseurs, utiliser mes affaires pour imiter une personne (mon masque de snorkeling pour la tête, mes affaires pour le corps), mettre 5 couches de t-shirt because les moustiques et le froid, couvrir le tout avec un paréo et la serviette de plage et hop au dodo ! Il n’était que 20h et la nuit noire avait happé la vie. La plage désormais déserte, plus aucun bruit si ce n’est le ressac et la vie animale. J’avais parfois peur, j’avais froid et rien dans l’estomac depuis 24h. La nuit allait être longue.

Elle fût entrecoupée par la lumière éblouissante des bateaux de pêche aux calamars, les éternels buveurs de bière et baigneurs de minuit, les réveils en sursaut à cause du moindre bruit et la peur d’être surprise par la marée montante.

Comme Robinson Crusoé, héros de mon enfance, je voulais vivre ces choses plus fortes que moi et pénétrer le secret de ma vie : aller au delà de ma peur, ne plus lutter contre elle mais l’apprivoiser, appréhender mes limites, faire confiance à des forces plus puissantes et ne jamais lâcher prise quand j’ai une idée précise de ce que je veux.

Je le savais théoriquement mais je voulais l’expérimenter, le vivre dans ma chair pour savoir si j’avais assez de cran pour surmonter les épreuves.

En l’occurrence, je ne voulais pas fuir un pays en ruine sur un bateau de pêcheurs rempli de réfugiés (ma mère) ou transporter de l’or et prétendre être une bonne face à des brigands qui menacent de trancher ma gorge (ma grand-mère). Je voulais juste une maison de vacances calme, avec jolie vue, la nature à proximité et une cuisine !!

Réveillée par la lumière du matin, j’ai trouvé à proximité un scooter à louer, leur ai laissé mes affaires encombrantes et suis partie à la découverte de cette minuscule île et de ses reliefs escarpés.

C’est au détour d’un chemin qu’elle est apparue, la maison mieux que dans mes rêves, avec une vue surplombant la verdure des collines pour s’ouvrir sur la mer qui se confondait avec le ciel. L’horizon un peu sombre de mes vacances venait de s’éclaircir en une fraction de seconde.

J’avais la preuve par A+B que oui ça marche de faire confiance, que oui tout est plus ou moins écrit mais que ce sont nos choix qui ouvrent les immenses possibilités de notre vie. Et magie ô magie, cela fonctionne pour tout le monde. Ma copine Lynn a tenté l’expérience sur sa peur des profondeurs de la mer. Nous avons loué un kayak, je l’ai emmenée au large, elle s’est jetée dans l’eau, la peur au ventre de mourir noyée. Mais le lendemain, elle est revenue pour plonger à nouveau, découvrant un banc de poissons multicolores, des coraux magnifiques, un Némo et d’autres merveilles. La récompense est systématique quand on va au bout de soi.

Après ma nuit sur la plage, j’ai douté de mon choix d’être venue sur cette île. Après mes 6 jours passés là-bas, j’ai remercié l’univers de m’y avoir fait vivre cette expérience magnifique : ma maison de vacances est celle que je rêve désormais de construire dans le futur, j’ai appris à pêcher avec une canne à pêche, entre joie d’avoir pêché un calamar et culpabilité de causer sa mort, j’ai énormément appris sur moi, j’ai rencontré des personnes généreuses, simples et d’une gentillesse infinie, j’ai eu la preuve que la vie est d’une bienveillance sans limite et qu’elle me donnerait toujours ce dont j’avais besoin.

Ko Sichang, c’était mon voyage intérieur.

Néanmoins, il y a des photos du voyage réel et elles sont visibles ici, également sur mon compte Instagram et celui de mon amie Lynn.

Tous mes voeux pour tous les jours de l’année 2016 !!

Qu’elle vous soit bénéfique, lumineuse, riche d’aventures intérieures

Suan Huay Yang

Projet de deux amis, rencontrés sur le banc de la fac de Toulouse, le « Jardin de Huay Yang » se veut un lieu d’expérimentations d’une autre forme de vie. Son emplacement jouxte la ferme-école de Sahainan, bénéficiant ainsi des connaissances empiriques de Sandot, mon instructeur.

Camille et Magali ont eu la gentillesse de répondre à mes questions sur ce projet qu’ils tiennent à bout de bras depuis des années et qui s’est concrétisé en un laps de temps très court. C’est ça la magie de la Thaïlande : tu veux une pelleteuse et un conducteur compétent ? elle est là le lendemain. Tu veux des bras pour soulever des arbres immenses, des matériaux de construction pesant une tonne ? Ils apparaissent comme par magie et avec le sourire !

Interview de Camille et de Magali

Peux tu nous raconter un peu ton parcours en France?

Magali : J’ai 37 ans, j’ai eu envie de vivre et de créer un autre système de vie collective. Ma vie a pris une tournure différente depuis plusieurs années. Je n’ai pas de chez-moi par exemple. Je vis chez la famille, des amis, toujours très heureux de partager  leur logement à moitié vacant, pendant en moyenne 15 jours. Une de mes amies adore que je vienne vivre avec elle, partager son quotidien, avec la surprise d’un dîner préparé à son retour, d’une maison toujours soignée et les papotages le soir. Ma vie professionnelle a pris aussi une autre tournure, tournée vers l’associatif essentiellement. Avec ce projet de vie en Thaïlande,  je vais pouvoir vivre une vie plus en conformité avec mes idéaux, selon mon slogan « small & slow ».

Camille: Depuis tout petit, je voulais changer le monde parce que je le trouvais trop pourri. Je me suis dirigé ver les arts plastiques pour y échapper, pour finir en cinéma d’animations. Le logiciel libre a été une continuité logique pour changer le monde. La politique a aussi été un pan de ma vie. J’en retire l’idée que l’argent peut changer le monde mais qu’il est maudit. La vie simple est la seule solution. Changer le monde à partir de son propre potager est désormais mon seul crédo.

Qu’est-ce qui t’a amené à monter ce projet en Thaïlande ? Que représente ce projet pour toi ?

Camille : J’avais déjà un projet en France mais la province de Nan a été choisi sur les conseils de Sandot (l’instructeur de Sahainan). Le climat nous a plu, loin de la chaleur étouffante de Bangkok. D’autres aspects sont rentrés en ligne de compte de ne pas monter le projet en France : l’autoritarisme supranational, décourageant, et comme toujours, l’aspect financier. SHY est une expérimentation de vie basée sur le volontarisme.

Magali : J’ai suivi Camille, ami depuis la fac. Cela fait 3 ans que nous échangeons sur le projet qui est dans la continuité de mes projets personnels : autonomie alimentaire, volontarisme, participation à la vie locale (projet d’école secondaire au sein de notre ferme).

Comment êtes-vous arrivés à la permaculture ?

Camille : c’est la philosophie permaculture qui m’a amené à m’y intéresser.

Magali : il y a des années de cela, j’ai effectué un séjour à Tacomepai (ferme mère de Sahainan) où j’ai suivi des cours de permaculture. La philosophie de vie qui sont indissociables des techniques de culture a résonné en moi : simplicité et autonomie.

Une échéance quant à votre projet ?

Camille : Pour atteindre l’autonomie alimentaire et générer des revenus : 3 ans. L’idée est de construire au fur et à mesure de nos séjours en Thaïlande et des moyens financiers. Ce premier séjour a permis d’acquérir le terrain, de le modeler selon nos projections de vie (avec comme base le dessin réalisé par Marine et moi). Ensuite, poser les fondations de la maison que je vais occuper avec ma femme. Nous reviendrons dans 1 an pour continuer sa construction.

Magali : Aucune ! La hutte que je vais occuper est déjà en train de sortir de terre. Je l’occuperai quand je serai en Thaïlande et la laisserai à ceux qui seront de passage : amis, volontaires de Sahainan.

Je reviendrai à SHY pour voir son évolution. Magali et Camille y ont posé des jalons, préparé la terre pauvre à certains endroits en plantant des arbres, en y jetant des « seed balls » remplies de graines que les prochaines pluies feront fondre et germer pour recréer une forêt comestible.

Comme eux, j’attends avec impatience de voir la nature à l’oeuvre, recréer le vivant, toujours en mouvement.

Tous mes voeux à Camille et Magali !!

SHY

Magali, sur le chantier, à fond, à fond !

SHY2

Camille, jungle man en devenir. Il publie les photos du chantier sur twitter (Camille Harang – Suan Huay Yang)

SHY3

SHY dessiné à partir de la réalité du terrain et des projections de vie de Magali et Camille. RDV dans quelques années pour en refaire le dessin selon les travaux effectués.